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Pourquoi l’enquête « police-population » du ministère de l’Intérieur est trompeuse

Ludovic MARIN / AFP

Sciences humaines et sociales

15/07/20

L’enquête présentée par le ministère de l’Intérieur sur la bonne image qu’ont les Français de la police déroge aux standards méthodologiques admis par la communauté scientifique.

Dans son allocution publique du 8 juin 2020, Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, citait les résultats d’une enquête parue le 3 juin et affirmant que « 85 % des Français ont une bonne image de la police », lui permettant ainsi de tenter de réfuter l’existence d’une crise de confiance envers les forces de l’ordre.

Cette « Enquête nationale sur la qualité du lien entre la population et les forces de sécurité intérieure » aussi intitulée EQP19 a été réalisée à la demande du ministère de l’Intérieur et plus précisément de l’École Nationale Supérieure de Police (ENSP), dont le « Centre de recherche » a signé un partenariat avec l’Université Savoie-Mont-Blanc (USMB).

Un calendrier opportun

La date de publication de cette enquête n’est en rien un hasard de calendrier : alors que le rapport avait été transmis le 31 mars 2020 comme l’indique sa page de garde, celui-ci était rendu public par le ministère dans le contexte de multiplication des mises en cause de la police dans des faits de racisme et de brutalités ainsi qu’à la suite d’une mobilisation organisée quelques jours plus tôt à Paris, d’une ampleur sans précédent en France, ayant rassemblé plus de 20 000 personnes devant le Tribunal de grande instance de Paris.

Pressé par les circonstances, le gouvernement a donc dégainé l’argument scientifique : les « Français » sont satisfaits, les sceptiques sont contredits et la qualité du service public policier n’est pas réfutée. Pourtant, cette enquête déroge aux standards méthodologiques admis par la communauté scientifique, et sa mise en exergue ne doit pas cacher la grande faiblesse des résultats qui en découle.