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Quelle place pour les femmes dans le sport ?

Dans le monde du sport, le sexisme a la vie dure. Est-il le fait d’invétérés machistes ou relève-t-il davantage d’idées préconçues ancrées dans les esprits par le poids de l’histoire ? Quoi qu’il en soit, l’égalité entre hommes et femmes dans le sport reste encore à concrétiser et les stéréotypes, à déconstruire. Explications.

"Le sport reste un univers largement dominé par les hommes", observe William Gasparini, sociologue spécialisé en sciences sociales du sport

C’est une réalité. Au niveau européen, de plus en plus de femmes s’adonnent au sport. « Mais le retard à rattraper est tel que la situation reste encore fortement inégalitaire, tempère William Gasparini, sociologue au sein du laboratoire « Sport et sciences sociales » (EA 1342). Le sport de compétition reste une pratique largement masculine tandis que le sport féminin est cantonné majoritairement à une activité de loisir ou d’hygiène de vie. »

Miroir grossissant de la société, le sport a hérite d’un passé où l’égalité des sexes n’allaient pas de soi. « Historiquement, le sport en Europe a été théorisé et pratiqué par et pour des hommes, rappelle le sociologue. En 1912, Pierre de Coubertin, père des jeux olympiques modernes déclarait ainsi : "Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte." Cet avis est très révélateur d’un état d’esprit qui, à l’époque, renvoyait les femmes à leur rôle de mères, considérant qu’elles ne pouvaient pas livrer une vision esthétique de leur corps par la pratique sportive. Le corps des femmes a toujours été un enjeu de domination masculine et un objet sacralisé par la maternité ».

Plafond de verre

Depuis l’essor des premiers mouvements féministes, les femmes investissent une place croissante dans l’univers sportif tout en se heurtant à un plafond de verre. Alors même que les disciplines se féminisent, les fédérations sportives restent en grande partie dirigées par des hommes. « Le Comité internationale olympique est majoritairement composé d’hommes, déplore William Gasparini. Il existe une vraie inégalité sexuelle dans les organisations qui pensent le sport. Evidemment, cela conduit à un univers largement centré sur des modes de pensée très masculins. » Comme un symbole, seuls  7% des événements sportifs retransmis à la télévision concernent le sport féminin.

Avec l'ajout de la boxe féminine au programme, ce n'est que depuis les Jeux de Londres de 2012 que les femmes sont autorisées à concourir dans la totalité des sports olympiques. / Crédit photo : Tiitstitanic

Sexisme ordinaire

Pour le sociologue, cette domination masculine a été intégrée – tant par les hommes que les femmes – et participe à entretenir un sexisme ordinaire. « Tu joues comme une femme enceinte ! », « Retourne à tes casseroles ! » ne sont pas rares sur les terrains de sports, aussi bien chez les amateurs que les professionnels. De la même façon, « beaucoup de femmes se sentent obligées de conserver des signes extérieurs de féminité quand elles pratiquent un sport », souligne William Gasparini. Le regard que portent les hommes sur les sportives n’est en effet pas dénué d’une certaine violence symbolique. A ce titre, le beach volley constitue un exemple intéressant. « La fédération internationale de volley a imposé jusqu’en 2012 le port du bikini dans les compétitions, révèle le sociologue, par ailleurs ancien volleyeur de haut niveau. Dans la tête de la fédération, pour passer à la télé et intéresser les hommes, les joueuses se doivent d’être séduisantes. C’est très machiste ! »

Déconstruire les stéréotypes

Une fois incorporée, cette domination masculine devient un impensé. « C’est le rôle du sociologue que d’essayer de déconstruire ces stéréotypes ancrés dans la tête des gens. Un sport n’est, par essence, de nature ni féminine ni masculine. Dans 50 ans, il y aura peut-être plus de femmes que d’hommes qui joueront au football. »

Ronan Rousseau

Atelier-débat : « Sport : conjuguer l’Europe au féminin »

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« Parmi les grandes valeurs de l’Europe, on oublie trop souvent l’égalité entre hommes et femmes. De même, cette valeur est souvent occultée dans le monde du sport. Il est donc important d’en débattre pour pouvoir porter des propositions vers les institutions européennes. »

Dans le cadre de sa chaire Jean-Monnet en sociologie européenne du sport, William Gasparini anime un atelier-débat intitulé « Sport : conjuguer l’Europe au féminin », mardi 22 novembre 2016, à 14 h, au Conseil de l'Europe. Plusieurs actrices du sport interviendront. Leur point commun ? Toutes œuvrent pour développer le sport féminin.