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« Les sagas Star Wars et Harry Potter partagent de nombreux points communs »

Avec la parution du huitième tome d’Harry Potter et la sortie du film « Les Animaux fantastiques » appartenant au même univers, les histoires issues de l’imagination de J.K. Rowling continuent d’enthousiasmer. Tentative de décryptage de la magie de ce succès avec Sophie Mantrant, maître de conférences en littérature britannique et américaine et spécialiste de la littérature fantastique. 

Comment expliquer le succès phénoménal des aventures d’Harry Potter ?

Déterminer les raisons d’un tel succès n’est pas évident. Dans la littérature de jeunesse, d’autres livres ont mis en scène des enfants dans une école de sorciers sans pour autant susciter le même engouement qu’Harry Potter. Je pense en particulier à la saga intitulée Earthsea [en français : Cycle de Terremer, NDLR] écrite par Ursula K. Le Guin. On peut toutefois remarquer que l’intrigue des romans repose sur des archétypes. L’auteur s’est en effet inspiré des scénarios classiques des contes de fées tout en les modernisant. Ainsi, sans forcément s’en rendre compte, un enfant peut retrouver dans les livres des éléments qui lui rappellent son quotidien. Par exemple, la fameuse Carte du maraudeur, qui permet de savoir qui est où dans l’école, fait en quelque sorte écho au GPS… Je pense que c’est un très bon dosage entre traditionnel et moderne qui explique le succès d’Harry Potter.

Qu’entendez-vous par archétypes ?

En règle générale, les contes de fées sont construits autour de structures narratives très similaires, comme l'a mis en évidence Vladimir Propp dans un essai intitulé Morphologie du conte, paru en 1928. Par exemple, les sagas Star Wars et Harry Potter partagent de nombreux points communs. Toutes deux racontent en effet les aventures d’un héros orphelin qui ignore ses pouvoirs, puis les découvre avant de se lancer dans une lutte contre les forces du mal… Cette intrigue repose sur des schémas narratifs bien connus.

Est-ce dire que les livres de J.K. Rowling manquent d’originalité ?

Dire que l’intrigue repose sur des scénarios déjà vus n’est pas forcément un jugement négatif. Le plaisir de lire est aussi le plaisir de reconnaître des choses connues. Et puis, quelle œuvre ne s’inspire pas d’œuvres déjà écrites ? En outre, le succès des contes de fées chez les enfants n’est plus à démontrer. Comme l’a montré Bruno Bettelheim dans Psychanalyse des contes de fées (1976), les contes permettent de poser en des termes simples et concrets les problèmes que l'enfant rencontre en grandissant et de proposer des solutions symboliques. De plus, J.K. Rowling a eu l'excellente idée de faire grandir son personnage en même temps que ses lecteurs. C’est son coup de génie.

La quête initiatique est-elle un thème récurrent dans la littérature de jeunesse ?

En effet, les héros de cette littérature sont souvent animés par une quête d'identité, faisant elle-même écho aux questions existentielles que peuvent se poser de jeunes lecteurs. Harry Potter n’y échappe pas. Chaque tome correspond à une épreuve initiatique qui l’amène vers l’âge adulte et lui permet de trouver sa place. Mais ce n’est pas parce que le schéma du scenario initiatique est utilisé dans beaucoup de livres de jeunesse que cela les prive d’intérêt. Au contraire, ce sont les variations sur un même thème qui sont intéressantes. Avec Harry Potter, J.K. Rowling a de toute évidence réussi cette variation.

Propos recueillis par Ronan Rousseau

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Sophie Mantrant a récemment publié un ouvrage sur la fiction d'Arthur Machen (1863-1947), auteur de récits à dominante fantastique : Arthur Machen et l'art du hiéroglyphe (Le Visage Vert, 2016).