L'actualité de la recherche

La biomasse, source d'inspiration et d'innovation

Alors que les initiatives se multiplient pour réduire les déchets et améliorer leur gestion, comment la recherche peut aider à mettre en œuvre ces attentes environnementales ? A l'Institut de chimie et procédés pour l'énergie, l'environnement et la santé (ICPEES) de Strasbourg, des chercheurs créent de nouveaux matériaux en valorisant la biomasse. Reportage.

 

Pour les chimistes, les algues recèlent des molécules innovantes - © Microphyt

Moins d’une heure d’utilisation pour plusieurs centaines d’années de durée de vie… Les sacs plastiques à usage unique des grandes surfaces n’étaient pas vraiment du genre eco-friendly. Aussi, depuis le 1er janvier 2017, ils sont officiellement remplacés par des équivalents biosourcés et compostables. Ces sacs plastiques biodégradables, reconnaissables à leur toucher particulier, sont constitués en partie d’amidon, un polymère naturel présent notamment dans le maïs ou la pomme de terre.

Précurseur

A l'ICPEES, Luc Avérous et sa « Bioteam » maîtrisent depuis longtemps la conception de tels matériaux. « Dès le début de ma carrière en 1997, j’ai commencé à élaborer des plastiques avec de l’amidon, raconte le professeur de l'École européenne de chimie, polymères et matériaux de Strasbourg. A l’époque, nous étions peu nombreux. » Aujourd’hui, pour répondre à une forte demande de l’industrie, le chercheur et son équipe ne cessent de créer de nouveaux types de polymères  à partir de biomasse végétale ou animale. Ces matériaux issus de sources renouvelables sont dits biosourcés. « On travaille à partir de molécules naturelles brutes qu’on modifie chimiquement et qu’on polymérise, explique Luc Avérous. En les associant ensuite à des additifs, on peut créer toute une variété de matériaux. »

A l’heure où les ressources pétrolières s’amenuisent, cette stratégie de synthèse offre une alternative à la pétrochimie et des solutions concrètes pour le développement durable. Mais attention, l’objectif n’est pas ici de copier/coller la structure des polymères issus des ressources fossiles. « Au contraire, on s’efforce de trouver dans la biomasse des molécules intéressantes pouvant apporter des nouvelles propriétés et donc de la valeur ajoutée, explique le chimiste. On est sur de l’innovation. » Le chercheur et son équipe puisent ainsi l’inspiration dans une biomasse diverse et variée. « A partir de carapaces de crustacés, on développe du chitosane, un polysaccharide présentant des propriétés bactéricides et fongicides, révèle le chimiste en guise d’exemple. Ce polymère peut être utilisé pour faire des pansements actifs biosourcés. »

Transfert rapide

Tout en innovant, Luc Avérous et son équipe s’efforcent de produire leurs nouveaux matériaux de manière à ce qu'ils puissent être mis en œuvre par des procédés industriels. L’enjeu ? Les rendre très vite disponibles. « Notre philosophie, c’est le transfert rapide vers l’industrie et la réponse aux attentes sociétales. On a plaisir à voir vivre des produits vertueux à grande échelle. »

Si les polymères biosourcés conçus pour un usage limité dans le temps sont en général biodégradables, à l’instar des nouveaux sacs plastiques des rayons fruits et légumes, ils ne doivent pas pour autant être considérés comme des matériaux jetables à tout-va, tient à rappeler le scientifique. « Le consommateur peut placer sans souci ces bioplastiques dans son compost personnel, mais en aucun cas il ne doit les abandonner dans la nature ! » C’est dit.

Léa Fizzala et Ronan Rousseau

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