L'actualité de la recherche

L'ERC, une marque d'excellence qui fête ses 10 ans

Parmi plus de 100 événements organisés partout en Europe, c’est à Strasbourg, ville « transfrontalière et humaniste » que le Conseil européen de la recherche (ERC) a choisi de célébrer ses dix ans, ce mercredi 15 mars. Carlos Moedas, Jean-Pierre Bourguignon et Thierry Mandon s'y sont donné rendez-vous pour témoigner leur attachement à une recherche européenne et rendre hommage aux 45 lauréats ERC du site alsacien. Un événement national pour faire le bilan, parler d’avenir et découvrir la diversité des projets. Retour sur les échanges de cette journée exceptionnelle organisée par l’Université de Strasbourg, le CNRS et l’Inserm à l’Institut de science et d'ingénierie supramoléculaires. 

Retour en images sur les 10 ans de l'ERC

Focus sur les échanges de l'après-midi

Les lauréats ERC - Crédits photo : Catherine Schroder / Unistra

« Pour la première fois, on me donne véritablement une marque de confiance. J’ai une flexibilité, une capacité d’action. Je n’ai pas besoin de justifier chaque centime à chaque instant. » Christian Bonah, lauréat d’une bourse ERC Advanced Grant en 2016, voit dans le Conseil européen de la recherche une véritable chance à saisir. « Pouvoir travailler cinq ans sur un projet est un énorme privilège en sciences humaines et sociales. »

Les autres lauréats ERC qui l’accompagnent dans cette table ronde partagent également ce sentiment. « C’est une reconnaissance internationale pour nos recherches », ajoute Hélène Puccio, lauréate d’une bourse ERC Starting Grant en 2007. Pour le chercheur franco-norvégien Thomas Ebbesen, cette initiative européenne offre une grande liberté, un ingrédient essentiel pour repousser les frontières de la science. « J’ai pu développer des projets exploratoires qui, aujourd’hui, ouvrent de nouvelles voies de recherche. »

Persévérance

Une fois obtenue, la bourse ERC n’impose que peu de contraintes administratives aux récipiendaires. Pourtant, le taux de sélection drastique peut dissuader certains de tenter leur chance. « Vous pouvez déposer un très beau projet et ne pas décrocher une bourse ERC du premier coup. Cela a été le cas pour moi. Pour autant, il ne faut pas se décourager mais continuer à essayer. » C’est le lauréat du prestigieux prix Kavli qui le dit. « C’est avant tout l’originalité et l’excellence du projet qui sont au cœur de l’évaluation », selon Thomas Ebbesen.

Les lauréats, réunis pour partager leur expérience, encouragent leurs jeunes collègues à soumettre des projets à l’ERC. Pour Hélène Puccio, il s’agit même aller plus loin. « Il faut former nos doctorants et nos étudiants en master à écrire des projets, à défendre leurs idées. » L’enjeu : leur donner les armes qui leur permettront de tirer leur épingle du jeu dans un climat de recherche devenu très concurrentiel.

Arme politique

En conclusion de cette journée anniversaire, Alain Beretz, ancien président de l’Université de Strasbourg, aujourd’hui directeur général à l’innovation et à la recherche, tient à souligner « un avant et un après ERC » et insiste : « L’ERC est un modèle qu’il faut exploiter. Son exigence, sa simplicité, son dynamisme doivent nous inspirer […] C’est une arme politique qu’il faut utiliser. » Même son de cloche pour Michel Deneken qui en profite pour rappeler qu’il faut « continuer à assurer les outils de l’excellence aux jeunes comme aux confirmés. »

Focus sur les échanges de la matinée

Jean-Pierre Bourguignon, président du Conseil européen de la recherche (ERC), découpe le gâteau fêtant les 10 ans de l'ERC. / Crédits photo : Catherine Schroder / Unistra

« Dix ans, c’est un bel anniversaire, ça se fête ! », commence Michel Deneken dans son discours inaugural. Le président de l’Université de Strasbourg se dit « heureux et fier » de célébrer une Europe « ambitieuse et généreuse », comme un pied de nez aux propos « flattant l’europhobie ». Le ton est donné.

Tous les discours sont au diapason pour affirmer que l’avenir de l’Europe est indissociablement lié à celui de la recherche scientifique. «  La science est supranationale et comme telle, elle nous fait dépasser les frontières, assure Michel Deneken. C’est justement en dépassant les frontières, en faisant parler l’intelligence des uns et des autres, que nous construisons notre identité européenne. »

« Le pari de l’intelligence et de l’audace »

A l’heure des bilans, le programme ERC apparaît comme un formidable instrument pour encourager une science ouverte, à la fois fondamentale et innovante.  « Nous sommes ici pour fêter un succès européen, peut-être le plus grand », souligne Carlos Moedas, commissaire européen à la recherche, à l’innovation et à la science. Il rappelle ainsi qu’en l’espace de 10 ans, six lauréats ERC ont reçu le prix Nobel. Les recherches financées ont également permis la publication de plus de 5000 articles majeurs dans les revues scientifiques les plus prestigieuses. « L’Europe a dépassé les Etats-Unis », dira-t-il tout en regrettant que les Européens ne revendiquent pas plus leur authentique capacité à faire de la science et à innover. S’adressant aux lauréats ERC, le commissaire les encourage : « Vous avez une capacité à nous passionner pour des choses qu’on ne comprend pas forcément. Vous êtes les meilleurs ambassadeurs de la science, mais vous pouvez être aussi les meilleurs ambassadeurs de l’Europe. Il faut dire haut et fort que nous sommes fiers de la recherche européenne. »

Des négociations à venir

L’enjeu est de taille. Les débats sur l’avenir de l’Europe promettent d’être âpres et les budgets – notamment celui consacré à la recherche – ne sont pas gravés dans le marbre. « Le budget de la recherche représente 8% du budget européen, indique Jean-Pierre Bourguignon, président du Conseil européen de la recherche (ERC). On pousse pour que ce budget soit plus important mais à partir de 2021, personne ne sait vraiment où on va. » Aussi, tous appellent au courage des politiques et à la mobilisation des chercheurs : «  Le programme ERC doit rester une priorité absolue pour l’avenir. »

Ronan Rousseau