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Pour voter sincèrement, voter autrement ?

Ce dimanche 23 avril 2017 à Strasbourg, à l’occasion du premier tour des élections présidentielles, quelque 2500 électeurs strasbourgeois auront la possibilité de revoter après avoir glissé leur enveloppe dans l’urne officielle. Dans les bureaux de vote de la Bourse, les électeurs sont en effet invités à tester des modes de scrutin alternatifs…

Crédit photo : Catherine Schroder / Unistra

Cette expérimentation, déjà réalisée en 2007 et en 2012 à Strasbourg, est organisée par des scientifiques du Bureau d’économie théorique et appliquée (BETA CNRS – Université de Strasbourg). Elle vise à mieux comprendre le rôle que joue le mode de scrutin dans une élection et son impact sur les processus de décisions collectives. Car loin d’être anodin, il façonne la manière dont l’électeur s’exprime.

Pression du vote utile

Pour élire leur président, les Français se plient à un scrutin uninominal à deux tours qui n’est pas sans reproche selon les théoriciens du vote, tous d’accord sur ses faiblesses. « Bien souvent, ce mode de scrutin incite les électeurs à voter de manière stratégique, à réaliser ce qu’on appelle un vote utile », explique Herrade Igersheim. Chargée de recherche CNRS au BETA, elle pilote l’expérimentation menée à Strasbourg. 

Pour contrecarrer cet effet et encourager un vote sincère, le scrutin expérimental offre aux électeurs la possibilité de s’exprimer de façon plus large et plus fine. « Les modes de scrutin que nous expérimentons sont plurinominaux, explique Herrade Igersheim. L’objectif est d’observer comment les électeurs se comportent lorsqu’ils ont la possibilité de soutenir plusieurs candidats et de voir si de nouveaux modes de scrutin sont applicables. »

Noter ou approuver

Les participants auront le choix entre un vote par note et un vote par approbation, tous deux se déroulant en un seul tour. Dans le premier cas, un électeur évalue les candidats en accordant à chacun une note, par exemple 2 ou 1 ou 0, ou encore des notes de 0 à 20 ou même des notes de -1 à +1. La même note peut être attribuée à différents candidats. Celui cumulant le plus grand nombre de points est élu. « A chaque élection, on varie l’échelle de notes pour trouver celle qui soit la plus satisfaisante possible, précise la chercheuse strasbourgeoise. Une note négative, par exemple, n’est pas forcément neutre. » Dans le cas du vote par approbation, l’électeur indique le ou les candidats qu’il approuve et écarte les autres. Le vainqueur est alors le candidat qui a réuni le plus grand nombre de soutiens.

En 2007, c’est Bayrou, « le troisième homme », qui était sorti en tête à l’issue de ces scrutins alternatifs tandis qu’en 2012, Hollande était largement plébiscité. Les candidats les plus clivants ont quant à eux tendance à reculer dans les résultats.  

Les expériences passées montrent que 95% des participants jugent cette initiative positive. Ils sont même huit sur dix à apprécier le vote par note. Pour Herrade Igersheim, en permettant de s’exprimer sur plusieurs candidats, ces scrutins pourraient constituer une solution pour endiguer le phénomène d’abstention et résoudre la question du vote blanc.

Reste que pour ne pas influencer le vote officiel, les résultats de l'expérimentation 2017 ne seront dévoilés qu’après les élections législatives de juin. Affaire à suivre…

Ronan Rousseau

Une expérimentation déclinée ailleurs en France

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Outre Strasbourg, ce scrutin expérimental se déroulera également dans 14 autres bureaux de vote répartis entre les communes des régions Normandie et Auvergne-Rhône-Alpes. Au total, ce sont environ 17 000 électeurs inscrits qui sont ciblés.