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Les sécheresses, ces épées de Damoclès

Avec le réchauffement climatique, elles risquent de devenir de plus en plus fréquentes. Pourtant, la recherche sur les sécheresses historiques reste encore très diffuse. Le Laboratoire image, ville, environnement (LIVE) vient de leur consacrer un colloque pour renforcer les connaissances sur ces évènements potentiellement dévastateurs.

Sécheresse du Rhin à Monheim début novembre 1932

En février dernier, le Haut-Rhin tirait la langue. Après un mois sans pluie, 55 communes du département étaient en alerte sécheresse et plusieurs d’entre elles ont dû être ravitaillées en eau potable par camion-citerne. Une telle pénurie d’eau en plein hiver n’était plus arrivée depuis un demi-siècle. Pour Carmen de Jong, géographe spécialiste de l’hydrologie au LIVE, « ces sécheresses hivernales deviennent de moins en moins exceptionnelles ».

L’impact socio-économique et environnemental des sécheresses peut être considérable. « Il est souvent plus important que celui des crues car elles peuvent mettre à mal l’agriculture et menacer les forêts et les sources d’eau sur des bassins versants entiers », explique Carmen de Jong. Pourtant, malgré les ravages qu’elles peuvent causer, elles restent le parent pauvre des recherches en géohistoire des risques et climatologie historique.

Un colloque pour faire le point

Voilà pourquoi la géographe et son post-doctorant Alexis Metzger ont organisé au début du mois de juin un colloque unique en son genre intitulé « Adaptation et résilience aux sécheresses : Perspectives historiques en Europe et alentours ». L’objectif : renforcer les connaissances sur les sécheresses historiques en Europe afin de mieux pouvoir s’adapter aux sécheresses futures. « D’un point de vue scientifique, il est crucial d’étudier les longues séries de données pour mieux prévoir les intervalles de récurrence, mais aussi pour mieux comprendre les types de sécheresses et leur saisonnalité », fait valoir Carmen de Jong.

Pour la chercheuse, sensibiliser sur le caractère unique des données historiques environnementales et socio-économiques dans la gestion des risques de sécheresse est un enjeu d’autant plus important que les réglementations européennes ne tiennent pas compte des événements extrêmes du passé au-delà du dernier siècle (début des mesures), pourtant riches d’enseignements.

1540, cette année noire

Les participants au colloque

Le colloque a ainsi offert l’occasion aux spécialistes issus de onze pays différents et de disciplines à la croisée de l’histoire, de la climatologie, de l’anthropologie, de la géographie, de l’hydrologie et même de la théologie de s’interroger sur les capacités de réactions de nos sociétés actuelles face à une sécheresse extrême comme celle qui avait touché l’Europe en 1540. « A l’époque, après 11 mois quasiment sans pluie, la situation était si grave que les forêts et des villes entières brûlaient, les troupeaux de bétail mourraient et l’agriculture était anéantie, rapporte Carmen de Jong. On estime que 2% de la population européenne a péri. »

Serions-nous moins vulnérables aujourd’hui ? Rien n’est moins sûr… « Une sécheresse d’une telle ampleur entrainerait des blackouts énergétiques dans toute l’Europe, prévient la chercheuse. L’énergie hydraulique tout comme le fonctionnement des centrales nucléaires seraient compromis. La qualité de l’eau se trouverait dégradée et des maladies pourraient émerger. » Christian Pfister, historien émérite invité au colloque et expert sur ces questions, pronostique le chiffre de 800 000 morts si un tel épisode climatique devait se reproduire. « A l’heure du changement climatique, il devient urgent d’avoir conscience des risques posés par les sécheresses. »

Ronan Rousseau

La rareté de l’eau concerne aussi les montagnes

Important information

 « Le ski et les sports d’hiver s’intensifient dans de nombreux pays. Avec le réchauffement climatique, de plus en plus d’eau est prélevée pour enneiger les pistes et cela n’est pas sans conséquence. »

Depuis 11 ans, Carmen de Jong s’intéresse à l’impact environnemental du tourisme d’hiver sur la montagne. Dans un article présenté lors du Workshop "The Future of Winter Tourism" à Rovaniemi, en Finlande le 5 avril de cette année, la chercheuse a tiré la sonnette d’alarme sur les multiples dégâts que les stations de ski peuvent causer, tant sur les paysages alpins que les systèmes hydrologiques. Un travail pionnier récompensé par le « Best Paper Award ».