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Mélenchon aurait pu être président si...

A l’occasion du premier tour des élections présidentielles, quelques milliers d’électeurs ont eu la possibilité de participer à une expérimentation après avoir glissé leur bulletin dans l’urne officielle. Son objet : tester des modes de scrutin alternatifs. Aujourd’hui, on en sait plus sur les résultats…

Traditionnellement, les Français votent en se pliant à un scrutin uninominal à deux tours durant lequel ils ne peuvent désigner qu’un seul candidat par tour. Loin d’être parfait, ce mode de scrutin incite les électeurs à voter de façon stratégique plutôt qu’à voter selon leurs convictions profondes.

A l’occasion de la dernière présidentielle, des scientifiques ont donc invité des électeurs à tester des scrutins multinominaux à un seul tour. Après avoir voté officiellement, ces électeurs ont ainsi eu la possibilité de revoter en approuvant un ou plusieurs candidats ou en leur attribuant des notes. Cette expérimentation proposée dans 16 bureaux de vote réparties entre 5 communes1 avait déjà été réalisée lors des présidentielles de 2007 et de 2012.

A Strasbourg, dans les bureaux de vote de la Bourse, sur les quelque 1900 électeurs, près de 1100 se sont prêtés à l’expérimentation. Ce taux de participation de 57% dénote d’un véritable intérêt selon Herrade Igersheim. Chargée de recherche CNRS au Bureau d'économie théorique et appliquée, elle a piloté l’expérimentation à Strasbourg. « Avec ces scrutins multinominaux, on constate que les participants sortent vraiment de la logique du choix d’un candidat unique. » Chaque participant a ainsi approuvé en moyenne 2.5 candidats plutôt qu’un seul. Cette tendance à exprimer ses préférences sur plusieurs candidats se retrouve également dans le système de vote par notes.

Mélenchon, candidat le mieux noté

Avec ces données extrapolées à l’échelle nationale2, Emmanuel Macron sort vainqueur dans le cas du vote par approbation tandis que Jean-Luc Mélenchon arrive second. En revanche, « l’insoumis » lui ravit la première place dans la plupart des systèmes de vote par notes. Au-delà de ce podium, le classement des autres candidats est tout autant voire plus riche d’enseignements. Quel que soit le type de scrutin multinominal, Benoît Hamon fait systématiquement office de troisième homme tandis que François Fillon accède au mieux à la quatrième place. A une exception près, Marine Le Pen, quant à elle, ne fait guère mieux que la cinquième place et recule même parfois jusqu’à la septième place pour certaines modalités de vote par notes, une position de petits candidats.

« Le vote par notes, qui offre plus de nuances dans l’expression des préférences, accentue les effets du vote par approbation, décrypte Herrade Igersheim. Il fait reculer les candidats les plus clivants ou suscitant davantage de polémiques. » Mélenchon et Hamon ont ainsi été avantagés par ces scrutins multinominaux.

« En permettant de s’exprimer sur plusieurs candidats, ils font émerger des adhésions et des rejets qui sont masqués par le scrutin officiel, souligne la chercheuse. Il faut bien se rendre compte que le mode de scrutin influe sur les résultats et celui qui prévaut actuellement est loin d’être idéal pour la bonne expression des électeurs. »

Ronan Rousseau

1: Allevard-les-bains, Crolles, Grenoble, Hérouville-Saint-Clair et Strasbourg

2: Avec 6358 participants sur 13241 votants, le taux de participation global est de 48%