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Des secousses sous haute surveillance

02/10/2017

Les séismes sont parmi les plus dangereux risques naturels. A Strasbourg, des sismologues du CNRS et de l’Université de Strasbourg gèrent le Bureau central sismologique français et le Réseau National de surveillance sismique (BCSF-RéNaSS). Cet observatoire recueille des données essentielles pour mieux comprendre ces phénomènes encore imprévisibles. Zoom sur ses missions à l’occasion de la Journée mondiale de prévention des catastrophes naturelles de ce mercredi 4 octobre.

« Actuellement, personne n’est capable de dire quand un séisme va se produire », tranche Antoine Schlupp, ingénieur de recherche et responsable scientifique du BCSF-RéNaSS. Le dernier séisme qui a frappé Mexico en est un triste exemple. Il témoigne une nouvelle fois de notre vulnérabilité face à ces secousses brutales.

Pour autant, les sismologues ne chôment pas pour récolter le maximum de données scientifiques sur ces phénomènes dévastateurs. Un réseau de quelque 130 capteurs repartis sur tout le territoire français surveille en permanence la moindre activité sismique dans l’Hexagone, des observations mises à disposition de l’ensemble de la communauté scientifique. « C’est notre rôle premier, explique Antoine Schlupp. On cherche à obtenir des données qui soient les plus précises possibles pour la recherche scientifique, c’est-à-dire comparables entre elles et surtout continues dans le temps. »

ShakeMap instantannée

Leur acheminement en temps réel à l’observatoire strasbourgeois rend également possible, grâce à des algorithmes, la localisation automatique des séismes. Mais ces mesures ne suffisent pas à tout dire d’un tremblement de terre, notamment en ce qui concerne les dégâts occasionnés. Voilà pourquoi le BCSF-RéNaSS s’efforce également – et c’est une de ses spécificités – de déterminer les intensités macrosismiques d’un séisme en différents lieux. En d’autres termes, la sévérité de la secousse au sol. Celle-ci n’est pas forcément directement proportionnelle à la magnitude du phénomène sismique (cliquez sur la photo ci-dessous pour plus de détails).

Comparaison de deux séismes de magnitude identique (6.6) dans la région du Pamir. Le plus profond (187 km, à gauche) ne génère que des intensités faibles comparativement à celui de droite survenu à 17 km de profondeur. Outre la profondeur, des effets de site tels que les caractéristiques géomécaniques du sol ou le contexte topographique peuvent aggraver ou au contraire atténuer la sévérité de la secousse ressentie. Crédit : USGS

« En intégrant toutes les mesures aux stations et les intensités communales, on est capable de produire, dans les minutes qui suivent un séisme, une ShakeMap (carte de la secousse) avec la localisation, la magnitude, l’atténuation de la secousse avec la distance », souligne Antoine Schlupp.

Shakemap du séisme de La Rochelle survenu le 28 avril 2016 (BCSF-RéNaSS)

De l’observation à la prévention

 « En complément des mesures instrumentales, on collecte l’ensemble des effets observables  sur des indicateurs communs : effets sur les personnes, les objets, le mobilier et les constructions », ajoute Christophe Sira, ingénieur responsable des études macrosismiques au BCSF-RéNaSS (voir encadré). Ces informations sont cruciales. Elles permettent de caractériser l’impact du séisme sur notre environnement et ainsi de mieux comprendre le risque sismique local. Elles permettent aussi, en corrélant magnitude, profondeur et intensités contemporaines, d’estimer les magnitudes probables de séismes historiques survenus à une période où aucun sismomètre n’existait, une donnée précieuse pour améliorer notre connaissance sur l’aléa sismique régional, base indispensable à la mise en place de normes parasismiques réalistes.

Prévoir, une utopie ?

Malgré leur importance, ces informations n’offrent des clés de compréhension qu’à posteriori. Pourra-t-on un jour prévoir les tremblements de terre majeurs avant même qu’ils ne surviennent ? « Des chercheurs travaillent sur certains signaux précurseurs, révèle Antoine Schlupp. Cela peut être le taux de sismicité qui augmente ou une émission de gaz de radon lorsque la roche se déforme. Mais ces phénomènes ne sont pas systématiquement observés avant un séisme majeur ou existent sans être suivis par un événement particulier… Quoi qu’il en soit, la porte reste ouverte et il n’est pas impossible qu’on dispose un jour d’une compréhension suffisamment fine pour parvenir à prévoir une partie des séismes. »

Ronan Rousseau

Comment se déroule une enquête macrosismique ?

Get more information

Un formulaire en ligne constitué par une série de questions et d’images représentatives permet de recueillir le témoignage des habitants touchés par le séisme et d’estimer la sévérité de la secousse sismique (intensité macrosismique). « Cette information individuelle nous arrive rapidement, parfois même avant l’alerte sismique officielle, indique Christophe Sira. Au cours du mois qui suit, on collecte des informations plus approfondies auprès des mairies, des gendarmeries et des casernes de pompiers. En outre, en cas de dommages, un groupe d’intervention macrosismique (GIM) formé par le BCSF-RéNaSS se rend sur le terrain pour déterminer l’intensité par une étude précise du profil de vulnérabilité de la commune touchée, des degrés et du pourcentage des dommages. »