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Caroline Dissaux, chirurgienne, lauréate de la bourse L'Oréal-Unesco

Caroline Dissaux, chef de clinique aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg et doctorante au laboratoire ICube, fait partie des 30 lauréates 2017 des bourses L’Oréal-Unesco Pour les femmes et la science. Remise aujourd’hui, cette bourse vise à soutenir ses travaux de recherche consacrés à l’optimisation du traitement chirurgical de la fente labio-palatine, plus connue sous le nom de « bec-de-lièvre ».

Crédit : Fondation L’Oréal | Carl Diner

Touchant 1 naissance sur 1000 en Europe, la fente labio-palatine est communément appelée bec-de-lièvre. Péjorative, cette dénomination pointe du doigt une malformation de la face souvent difficile à vivre pour des enfants et des adultes devant supporter le regard des autres, pas toujours bienveillants.

Caroline Dissaux connaît bien cette problématique. Avec la chirurgie esthétique, elle a fait du traitement des malformations du visage sa spécialité. « J’ai toujours voulu devenir chirurgienne. A l’issue de mon concours d’internat, j’hésitais entre la chirurgie cardiaque ou maxillo-faciale », raconte-t-elle. C’est finalement sa première année d’internat passée dans un service pédiatrique qui fera basculer son choix. Elle y rencontre des enfants dont le courage et la détermination forcent l’admiration. « Ça a été une révélation », confie-t-elle. Elle opte alors pour une spécialisation en chirurgie maxillo-faciale pour travailler sur les malformations du visage chez les enfants, telles les crâniosténoses et les fentes labio-palatines.

Des questions en suspens

Passionnée par son travail, elle réalise actuellement une thèse en parallèle de ses activités de chef de clinique. Son objet : optimiser la phase de reconstitution osseuse dans le traitement chirurgical de la fente labio-palatine. « Les enfants qui ont une fente complète du palais à la lèvre sont opérés dans les premiers 18 mois de leur vie, explique Caroline Dissaux. On laisse une partie de l’arcade dentaire ouverte jusqu’à 4 ou 5 ans pour permettre à leur mâchoire supérieure de se développer normalement. On la comble ensuite en apportant de l’os prélevé au niveau du bassin, sur la crête iliaque. »  Chez certains petits patients, cette étape de greffe osseuse marche très bien. Chez d’autres, elle est plus difficile. Ces résultats contrastés interrogent la chirurgienne : « Doit-on apporter beaucoup d’os ou peu ? Le compacter beaucoup ou peu ? Quel est l’âge le plus favorable pour réaliser cette opération ? En définitive, peu de choses nous guident en termes de science fondamentale. »

Simuler pour comprendre

Son projet de thèse vise donc à apporter des réponses à ces questions en éclaircissant l’influence de divers facteurs sur l’intégration du greffon osseux. Mais une telle étude ne peut se faire en soumettant des enfants à des protocoles différents. « Ethiquement, cela entrainerait une perte de chances inacceptable pour certains », tranche la chef de clinique. En collaboration avec le laboratoire ICube et sous la direction d’Yves Rémond, elle s’efforce donc de mettre au point un modèle numérique biomécanique permettant de simuler et d’optimiser la reconstitution de l’os alvéolaire, qui entoure et maintient les dents, chez les enfants porteurs de fente labio-palatine. « Les 15 000 euros de la bourse L’Oréal vont nous permettre de poursuivre la phase d’intégration de données biologiques dans le modèle », se réjouit Caroline Dissaux qui espère, à terme, pouvoir anticiper la réponse du greffon en fonction de la procédure chirurgicale. Sa motivation : faire en sorte que les enfants aient le moins de séquelles possibles à l’âge adulte. « Je trouve que la relation qu’a l’enfant avec son chirurgien jusqu’à la fin de sa croissance est une belle relation et un beau parcours. C’est gratifiant de construire une relation de confiance avec les familles et de voir les enfants grandir et s’épanouir. »

Ronan Rousseau

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La Fondation L’Oréal distribue la bourse exclusivement aux jeunes chercheuses, qu'elles soient doctorantes ou postdoctorantes. Un choix assumé pour tordre le cou aux préjugés et inspirer des vocations chez les jeunes filles. « Aujourd’hui, je pense qu’une fille a les mêmes chances qu’un garçon d’arriver au même stade à 30 ans. Après, pour évoluer dans des carrières scientifiques, c’est plus compliqué car les femmes gèrent encore souvent la famille. Cela leur apporte un immense bonheur mais peut dans le même temps freiner leur carrière, commente Caroline Dissaux. Je pense que les choses peuvent s’améliorer à ce niveau. C’est un joyeux équilibre à trouver. »