L'actualité de la recherche

Comment la psychologie clinique aide la bioéthique

Olivier Putois, psychanalyste et enseignant-chercheur au sein du laboratoire Subjectivité, lien social et modernité, participe pour la troisième fois, le mercredi 31 janvier, au Forum européen de bioéthique. Alors que les États généraux de la bioéthique viennent de démarrer, il nous explique comment ces questionnements interviennent dans sa pratique et sa recherche.

Sur quoi portent vos recherches ?

J’étudie les questions autour de la transmission, pas seulement psychique mais aussi biologique : comment par exemple transmettre un patrimoine génétique impactera les personnes ? Je m’intéresse donc aux implications psychiques des progrès de la médecine contemporaine, aux fantasmes et aux espérances qui y sont associés. Dans l’inconscient de certains patients, le médecin fonctionne quasiment comme une sorte de prêtre ou de magicien qui va les sauver définitivement – les patients en analyse font des rêves à ce sujet. Le diagnostic médical est de plus en plus efficace mais ce n’est pas pour autant que tout le monde pourra être guéri. J’interviens pour aider les médecins face à cette attente des patients. La médecine progresse beaucoup mais les médecins sont d’autant plus conscients de ses limitations.

Qu’avez-vous constaté ? Que ressort-il de vos études ?

Les études médicales ne forment pas à toute la partie relationnelle de l’échange, qui permet de se positionner par rapport à cette attente des patients – et qui est le cœur de la psychologie d’orientation psychanalytique. Les médecins savent bien que la manière dont on annonce le diagnostic influence profondément le parcours de soin : le patient qui s’est senti traumatisé peut décider d’arrêter de prendre ses médicaments. Nous pouvons donc contribuer réellement à la formation médicale, en développant des cours mais aussi des groupes de supervision des pratiques.

Faudrait-il mieux communiquer autour des avancées de la science pour éviter aux patients d’avoir de faux espoirs ?

Je crois que c’est un enjeu secondaire : beaucoup de médecins s’expriment de manière remarquablement claire, et on voit bien que les gens qui ne sont pas concernés par la maladie trouvent ça compréhensible. En revanche, on voit tous les jours que se retrouver concerné par la maladie provoque des peurs en raison des fantasmes infantiles anciens qu’elle touche. Ce qui était rationnellement compréhensible ne l’est plus. Le problème n’est pas la communication des contenus médicaux, mais reconnaître quand aider le patient requiert de prendre en compte ces peurs inconscientes.

De manière plus générale, quelles questions psychologiques les avancées de la science posent-elles ?

GPA, PMA…Ce qu’on attend de tout ce qui est lié à la conception est une question très importante, cela interroge le narcissisme parental à l’œuvre dans les sociétés occidentales. C’est l’idée que l’enfant représente un prolongement idéalisé de soi. Comme dit Freud, chacun veut réparer ses échecs à travers son enfant. A mon sens, la procréation assistée exige notamment de se poser la question de savoir ce qu’on veut réparer à travers son enfant.

Selon vous, devrait-on restreindre les avancées scientifiques dans certains domaines ?

La contrainte ne changera rien, ne serait-ce que parce qu’il existe des intérêts privés et que la législation varie suivant les pays. En Suisse par exemple, on peut faire de la recherche sur les effets de l’héroïne sur le cerveau, alors qu’en France, c’est interdit ; mais les résultats de la recherche sont accessibles à tout le monde… Par contre, il faut discuter des évolutions de la science : c’est en cela que les États généraux et le Forum de bioéthique sont des dispositifs importants. Le questionnement autour de la science ne porte pas sur sa nature, bonne ou mauvaise, mais plutôt sur son usage et sa perception publique.

Propos recueillis par Marion Riegert

Important information

Olivier Putois est ancien élève de l'Ecole normale supérieure de Lyon-Sciences humaines (section philosophie), agrégé et docteur en philosophie à la suite d'une thèse interdisciplinaire sur la vision et le regard entre phénoménologie et psychanalyse.

Il réalise ensuite un post-doc dans le cadre du LabEx "Who am I ?" (Université Paris Diderot) sur "La transmission : psychanalyse, génétique, épigénétique" co-hébergé par un laboratoire de recherches en psychanalyse (CRPMS) et un laboratoire de génomique et d'épigénétique (Epigenetics and cell fate), durant lequel il exerce une activité de consultation en tant que psychologue-psychanalyste en binôme avec des généticiens-pédiatres à l'hôpital. Olivier Putois est nommé maître de conférences en psychologie clinique et psychanalyse à la faculté de psychologie de l'Université de Strasbourg en 2015 au laboratoire Subjectivité, lien social et modernité (SuLiSoM EA 3071).