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Le moustique Tigre dans le viseur du projet Tiger

18/07/2018

Pour tenter de contrer l’expansion du moustique tigre dans l’espace du Rhin supérieur, différents acteurs de Suisse, d’Allemagne et de France se sont alliés dans le cadre du projet Tiger financé par un programme Interreg V. Le point en chiffres avec Bruno Mathieu, chercheur au sein de l’Institut de parasitologie et coordinateur du projet.

Le colloque de lancement du projet Tiger a eu lieu en juin. Crédit : Danièle Colin

5 continents colonisés en 20 ans

Depuis deux ans la problématique du moustique tigre est en pleine expansion en France. L’insecte y avait déjà été détecté à la fin des années 90 mais chaque fois il avait été éradiqué. A partir de 2004, la colonisation a véritablement commencé. « Un réseau de surveillance a été mis en place dès son arrivée sur le territoire à Menton », se souvient Bruno Mathieu, responsable du laboratoire d'Entomologie médicale, qui travaillait alors à Montpellier et a été un des premiers à le trouver.

Progressant de manière rapide, l’insecte qui peut transmettre la dengue, le chikungunya ou zika a colonisé le sud de la France jusqu’à Grenoble. « Après, il y a un vide et on le retrouve en Alsace. » La première détection a eu lieu près de Strasbourg fin 2014, sa population s’est installée autour de Schiltigheim. Le moustique se trouve aussi côté Allemand et Suisse. Pour l’éradiquer, pas de solution miracle, d’autant plus qu’avec le trafic transfrontalier il en arrive continuellement dans les camions et les voitures dans lesquelles il aime s’installer.

3 pays, 19 partenaires, 1 projet

L’idée de proposer un projet dans le cadre du programme Interreg V Rhin supérieur est née naturellement, il y a deux ans, lorsque l’Institut de parasitologie s’est regroupé avec le Syndicat de lutte contre les moustiques tigre du Bas-Rhin (SLM 67). Parallèlement, une fois par an, l’Institut retrouvait ses homologues allemands et suisses pour procéder à des échanges scientifiques. « Chacun développait ses propres outils, il y avait un vrai besoin de coordination, d’actions de surveillance communes. »

Le projet Tiger (Tri-national Initiative Group of Entomology in Upper Rhine) se déploie ainsi dans trois pays : la France, l’Allemagne et la Suisse. Conduit par un consortium de 19 partenaires du territoire du Rhin supérieur, il a été lancé officiellement en juin via un colloque et ce pour trois ans. « Nous nous sommes positionnés sur l’objectif 11 qui consiste à améliorer l’offre de services transfrontalière des administrations et des institutions. » Pour ce faire, le groupe coordonné par l’Université de Strasbourg bénéficie d’un budget d’1,7 millions d’euros.

Carte de la répartition du moustique
tigre en France. Crédit : Ministère de
la santé et des solidarités.

5 thématiques interconnectées

Le projet Tiger vise notamment à fournir un appui scientifique et technique aux administrations et institutions pour l’évaluation et la gestion de risque sanitaire. Il se décline en 5 thématiques portées par 5 groupes de travail. La « surveillance » a pour but d’harmoniser les pratiques entre les trois pays en déployant notamment un réseau de pièges pondoirs visant à établir une dynamique des populations. Le groupe « évaluation de risque » sera en charge de la réalisation de cartes de risques transmises aux partenaires et administrations qui permettront de lancer des opérations de prévention.

« L’identification des vecteurs » développera, entre autres, des clés d’identification permettant aux citoyens de reconnaitre le moustique Tigre et de pouvoir signaler sa présence. Le groupe « formation » vise à sensibiliser les administrations sur la lutte préventive. Kit pédagogique à destination des écoles, exposition itinérante, site web… enfin, le groupe « communication et prévention » proposera divers outils pour sensibiliser le public et le rendre actif dans la surveillance.

Le projet orienté vers le moustique invasif, va également s’intéresser à deux autres espèces moins connues afin de vérifier qu’il n’y ait pas de risque de transmission de virus. Développé en Alsace côté français, l’équipe Tiger envisage d’étendre le réseau de surveillance à l’ensemble de la région Grand Est. Une plateforme www.tiger-plateforme.eu devrait être opérationnelle à la rentrée.

Marion Riegert

Portrait du moustique tigre

Important information

  • Origine : moustique asiatique dont la présence s’est étendue via le commerce international de pneus usagés. Apparition en Europe (Italie - 1990) en provenance des USA.

  • Signes particuliers : moustique rayé, agressif et très urbain qui va coloniser les villes. Pique de jour comme de nuit.

  • Reproduction : peut pondre une centaine d’œufs résistants à la sècheresse tous les quatre jours. Aime pondre dans des petits gites sombres. A proximité de l’homme, tous les petits récipients pouvant contenir de l’eau près des maisons peuvent être utilisés comme gîte larvaire.

  • Mode d’infection : Retour de voyage d’un citoyen infecté du virus Dengue, Chikungunya ou Zika. Piqûre, transmission et multiplication de virus dans un moustique-tigre présent dans la région. Piqûre et transmission du virus chez un citoyen n’ayant pas voyagé. Piqûre, transmission et multiplication de virus dans une population de moustique-tigre de la région. Départ d’une épidémie dans la région.