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Quarantaine forcée chez les Drosophiles

21/09/2018

De nombreuses espèces animales isolent leurs individus malades pour se protéger d’un risque de contagion. Des chercheurs de Paris, Montpellier et Strasbourg ont étudié ce comportement chez les mouches Drosophiles et montrent que cette exclusion peut entraîner une aggravation de la pathologie.

Cédric Sueur, chercheur à
l’Institut pluridisciplinaire
Hubert Curien

L’étude « L’environnement social impacte la progression du cancer chez les Drosophiles» a été publiée le 3 septembre 2018 dans la revue Nature Communications. Cédric Sueur, maître de conférences à l’université de Strasbourg, a participé à ce projet d’étude collaboratif. Il travaille sur le comportement animal et principalement sur les réseaux sociaux et les prises de décision collectives dans les groupes sociaux.


« Nous savons déjà que les maladies contagieuses, comme la grippe, entraînent une modification du comportement social. C’est un mécanisme de défense logique, qui permet d’éviter la propagation de la maladie. Mais ce que nous nous demandions c’est : qu’en est il des maladies non contagieuses ? », interroge le chercheur de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC). Pour répondre à cette question, des mouches drosophiles, porteuses de tumeurs, ont été placées dans différentes situations expérimentales. Trois variantes principales ont été utilisées : dans la première, la mouche malade est en isolement total. Dans le second cas, elle est placée au milieu de congénères également porteuses de tumeurs. Enfin dans le dernier cas la drosophile malade est intégrée à un groupe d’individus sains.

Attention : mouche malade

Comme les fourmis, les drosophiles ont besoin d’établir un contact dit « cuticulaire » pour pouvoir communiquer. En d’autres termes, les mouches doivent se toucher avec leurs pattes pour échanger des informations sous forme de signaux chimiques. Et lorsqu’une mouche est malade, son signal chimique est naturellement modifié, ce qui informe tout individu avec lequel elle communique.


Les chercheurs ont alors remarqué que les individus malades placés dans le groupe sain ont été mis à l’écart dès leur maladie identifiée. Cette exclusion n’a pas eu lieu lorsque l’intégralité du groupe était porteuse de la maladie. Les chercheurs ont alors remarqué que les mouches isolées présentaient des signes de « stress social ». Au-delà du comportement, elles développaient également plus rapidement leur tumeur que les mouches placées dans le groupe malade. En terme de rapidité d’évolution de la maladie : le groupe le plus rapide était celui des mouches en isolement total, suivi par celui des mouches exclues du groupe. Au contraire, celles entourées par d’autres congénères porteuses de tumeurs voyaient leur pathologie progresser moins rapidement.


Cette expérience a permis de mettre à jour un comportement d’exclusion qui ne touche donc pas seulement les maladies transmissibles. Pour la suite, les chercheurs veulent étudier l’interaction des drosophiles avec des individus malades mais porteurs d’information essentielle au groupe.  « Nous aimerions voir comment elles vont s’adapter à ce dilemme : toucher l’individu malade ou ignorer une information vitale pour le groupe ? La question de l’impact social des maladies est un vaste champ d’étude, dont les découvertes sont parfois utiles pour analyser certains comportements d’autres espèces, y compris les humains. »