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La lutte contre le gaspillage et les déchets fait rimer pédagogie et économie

08/10/2018

Zero waste, Disco soupe… Des collectifs émergents se battant contre le gaspillage apparaissent depuis une dizaine d’années en France. Isabelle Hajek, chercheuse au laboratoire Sociétés, acteurs et gouvernement en Europe, est partie sur les routes de France rencontrer des militants et explorer la diversité de ces mouvements issus essentiellement de la société civile. Une recherche présentée lors d’un colloque les 20 et 21 septembre derniers.

Un colloque a eu lieu en septembre
au Collège doctoral européen.
Photos SAGE-Unistra

Isabelle Hajek, s’intéresse à la question des déchets et à la lutte contre le gaspillage avec une entrée par le militantisme. Il y a deux ans, elle se lance dans un programme de recherche financé par l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie intitulé « Réseaux émergents de lutte contre le gaspillage ». Le tout, avec l’aide de Mireille Diestchy, jeune chercheuse recrutée pour faire une partie de l'étude. « Nous avons affaire à un mouvement transnational et composite dans lequel les initiatives s’inspirent les unes les autres à travers les pays et où la lutte contre le gaspillage s’articule à d’autres objectifs », explique Isabelle Hajek évoquant des associations ou collectifs jeunes, de moins de 5 ans, sauf pour Zéro waste France, ex-CNIID (Centre national d'information indépendante sur les déchets) qui avait été créé par Greenpeace.

Pas que des « bobos »

Quel profil ? « On reproche souvent à ces mouvements d’être bobos. » En s’intéressant aux parcours de ces militants à travers un corpus d’une trentaine d’entretiens et une douzaine d’observations de manifestations civiles, la sociologue note qu’il s’agit en réalité de groupes sociaux en mobilité. « Ce sont soit des "voyageurs", des gens qui ont circulé dans les mondes sociaux, culturels, professionnels. Soit des personnes en situation de transition comme un couple qui s’installe, une personne en fin d’études… avec une forte proportion de femmes et de trentenaires. »

Ces derniers ne sont pas attachés aux normes et aux valeurs de leur groupe de référence ce qui les rend plus à même de véhiculer des valeurs anti-gaspillage. Les militants combinent également des savoirs (diplômes) à des savoir-faire pratiques qui ne sont pas ceux de l’institution scolaire.

Une écologie des solutions personnelles

Côté pratique, les actions se traduisent par la création d’associations mais aussi d’entreprises. « Ce qui est nouveau c’est que l’innovation sociale se situe du côté de la sphère économique », précise Isabelle Hajek. Leur objectif : changer l’offre économique existante et transformer les pratiques à l’image de Mummyz, start-up alsacienne qui met particuliers et professionnels ayant des invendus alimentaires en relation. Le tout, avec des méthodes d’action qui revisitent l’éducation à l’environnement et passent par une pédagogie active.

 « Ce n’est pas un militantisme idéologique et culpabilisant, mais plutôt pragmatique avec une mise en avant des bénéfices et des propositions de solutions privilégiant la convivialité. » C’est le cas du « Do it yourself » et des ateliers destinés au public. « Ce sont des dispositifs qui mettent en avant la personne comme une solution en tant que telle et permettent à chacun de maitriser des éléments dont il a été dépossédé par le marché. » Ces mouvements qui se détachent d’une logique pyramidale revendiquent également une certaine distance par rapport aux pouvoirs publics. « Certains privilégient même les financements citoyens. » Un bon moyen de faire rimer écologie et solidarité…

Marion Riegert

Un colloque zéro déchet

Documents

Un colloque a eu lieu les 20 et 21 septembre derniers au Collège doctoral européen en présence de militants, d’institutionnels et de chercheurs pour échanger autour des résultats obtenus par Isabelle Hajek. Durant ces deux journées, la sociologue s’était lancée le défi de réaliser un colloque zéro déchet « Ça n’a pas été facile », glisse la chercheuse qui a fait le choix de ne pas réaliser de flyer, de modérer le nombre d’affiches et de ne pas utiliser de gobelets jetables à la pause-café. « Pour la partie communication, je suis passée par les réseaux sociaux. » Côté repas, pas de buffet, « nous sommes tous allés au Crous », poursuit Isabelle Hajek qui a poussé le sens du détail jusqu’à envoyer au personnel de l’université un lien vers l’invitation sur Seafile pour éviter les téléchargements, sources de pollution numérique. Le tout, avec les conseils du service développement durable de l’université. Un mode opératoire qu’elle souhaite conserver à l’avenir et qui pourrait faire des émules...