L'actualité de la recherche

Sur les traces des criminels de guerre polonais

15/10/2018

Série Prix espoir 2018. Audrey Kichelewski, membre du laboratoire Arts, civilisation et histoire de l’Europe a reçu un Prix espoir le 6 septembre 2018. Une reconnaissance qui facilite les conditions de sa recherche en lui permettant de mener des coopérations internationales, mais aussi de se rendre régulièrement en Pologne où elle scrute les archives judiciaires de l’Institut de la mémoire nationale sur les traces des procès des criminels de guerre.

Audrey Kichelewski s’intéresse à
l’histoire des juifs polonais. Photo MR

Ancienne élève de l’école normale supérieure, Audrey Kichelewski s’intéresse dès le début de ses recherches à l’histoire des juifs polonais. Son mémoire d’histoire porte sur un quotidien publié en yiddish à Paris dans les années 1930 par des immigrés juifs polonais. Ses investigations se poursuivent à travers une thèse soutenue en 2010 sur les juifs de Pologne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’occasion de partir vivre dans ce pays et de renouer avec ses origines. « Il y a une dimension personnelle : j’ai fait des études d’histoire pour connaitre l’histoire de ma famille.»

Une collaboration européenne

Depuis 2012, Audrey Kichelewski officie en tant que maîtresse de conférences à Strasbourg. Dans le prolongement de sa thèse, elle fait paraitre en mai 2018 le livre « Les survivants » traitant de l’histoire des juifs de Pologne de 1945 à aujourd’hui. « J’ai étendu ma réflexion jusqu’à la période très contemporaine. Les événements récents qui ont lieu en Pologne ont donné plus d’échos à mon livre. Je suis souvent sollicitée pour commenter certaines actualités du pays. »

Côté projets, Audrey Kichelewski s’est lancée dans une collaboration européenne pour laquelle elle s’intéresse aux procès contre les criminels de guerre en Pologne, un sujet également utilisé pour son Habilitation à diriger des recherches. « Les procès contre les nazis ayant déjà fait largement l’objet de travaux, j’ai opté pour les procès moins connus de la deuxième vague, dans les années 60. Il y en a des milliers. » La chercheuse resserre son angle en analysant les procès intentés contre les nationaux polonais jugés pour crimes commis contre des juifs pendant la guerre. « Soit sous uniforme allemand ou dans la police bleue polonaise. »

Des assassinats tus par la mémoire officielle

La justice à l’Est est alors instrumentalisée. Ces procès, moins retentissants médiatiquement, se font souvent à l’initiative d’une demande soviétique, les dossiers sont envoyés entre pays du bloc. Le but ? « Chercher un traitre ou un mauvais citoyen soviétique ou polonais et écarter les individus considérés comme des « nationalistes fascistes » du sein de la nation. » Une chasse aux bourreaux qui a un effet collatéral non recherché : celui d’évoquer tous ces assassinats de juifs tus par la mémoire officielle. « Même si le verdict n’est pas forcément à la hauteur des crimes jugés, il aura été question de ce qui s’est passé pendant la guerre. »

L’occasion aussi de convoquer les habitants des villages concernés. Souvent, issus des territoires qui étaient polonais mais ne le sont plus. « On fait revenir les témoins dans l’enceinte judiciaire pour recréer la communauté villageoise. Des pétitions pour attester de la bonne réputation du condamné sont signées. Il y a aussi des témoignages de rescapés qui reconnaissent leurs bourreaux ou vont communiquer. J’ai comme ça des déclarations d’Israël envoyées à la cour de Pologne », raconte Audrey Kichelewski qui se rend régulièrement en Pologne pour éplucher les archives judiciaires de l’Institut de la mémoire nationale.

Marion Riegert