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Les moules pour créer des pansements connectés

29/10/2018

En se penchant sur la capacité des moules à s’accrocher aux surfaces métalliques, Fouzia Boulmedais, chercheuse à l’Institut Charles Sadron, est parvenue à réaliser une colle bio-inspirée capable de lier les enzymes sur des surfaces métalliques. Une découverte pour laquelle elle a déposé un brevet et qui ouvre la voie à la création de pansements connectés.

Fouzia Boulmedais est chercheuse
à l’Institut Charles Sadron. Photo MR

Fouzia Boulmedais travaille dans le domaine du traitement de surfaces pour leur donner des fonctionnalités. L’idée étant à terme de créer des pansements connectés. Un procédé qui nécessite de pouvoir lier des enzymes à une surface métallique. Cette dernière permet l’envoi d’énergie électrique pour véhiculer des informations sur la plaie.

Pour traiter ces surfaces, la chercheuse superposait différentes couches de polymères chargés positivement et négativement. Un travail qui nécessite du temps. Sa découverte est partie d’une interrogation simple : « Comment faire pour obtenir ce revêtement de manière plus rapide avec un stimulus électrique ? » C’est là que les moules interviennent. « J’avais lu une étude d’un chercheur américain sur leur capacité à s’accrocher fermement aux matières métalliques », raconte la physico-chimiste qui décide de s’intéresser à cette propriété.

Un lecteur de glycémie

 « Lorsque ces coquillages sont sur une coque de bateau, ils sécrètent une protéine. Dans cette dernière, les chercheurs ont remarqué qu’il y avait la répétition d’une unité, la L. Dopa. C’est de cette unité dont je me suis servie pour réaliser ma molécule bio-inspirée », explique Fouzia Boulmedais. L’intérêt de la molécule est double : elle peut interagir avec le métal conducteur utilisé par la chercheuse mais également avec les amines, un composé organique, présent dans toutes les enzymes.

Pour tester son hypothèse, Fouzia Boulmedais effectue une expérience à l’aide de la glucose oxydase, une enzyme riche en amines. La molécule bio-inspirée, mélangée à la glucose oxydase, est activée par un courant électrique permettant de coller l’enzyme sur une électrode. La glucose oxydase mesure la quantité d’électrons libérés au contact du glucose. Fouzia Boulmedais obtient ainsi un lecteur de glycémie avec une nouvelle méthode permettant de donner une fonctionnalité à une surface.

Détecter une infection bactérienne

Prochaine étape : appliquer cette méthode bio-inspirée pour réaliser un pansement sur des fibres conductrices. Un travail que Fouzia Boulmedais effectue au côté d’Anne Hébraud, chercheuse à l'Institut de chimie et procédés pour l'énergie, l'environnement et la santé. « Nous allons travailler sur un pansement connecté capable de détecter une éventuelle infection bactérienne. »

Le projet est d’utiliser une enzyme qui va doser l’acide urique, une molécule naturellement présente dans la plaie. « S’il y a une bactérie, l’acide urique diminue. Cette diminution détectée à l’aide de l’enzyme entrainera l’envoi d’une information par le pansement. » L’idée a plus long terme serait de traiter des microélectrodes avec une enzyme différente, ce qui permettrait de réaliser plusieurs tests biologiques avec un seul prélèvement.

Marion Riegert