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La face cachée du chat, cet animal sauvage

01/02/2019

Tapie dans une voiture ou dans les herbes hautes avec un téléobjectif, Marie-Amélie Forin-Wiart attend que les chats domestiques sortent de leur cachette pour étudier les mécanismes sous-jacents au comportement de recherche alimentaire et plus particulièrement de chasse du félin. Ce petit jeu du chat et de la souris a commencé en 2010 durant sa thèse et s’est poursuivi lors de son post-doctorat à l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien.

Marie-Amélie Forin-Wiart a vite compris
que le chat était un modèle d’étude
atypique. Photos MA-FW

Marie-Amélie Forin-Wiart a grandi avec des chiens. Lorsqu’on lui propose d’étudier les chats domestiques, c’est sans sentimentalisme que cette spécialiste de l'écologie comportementale se jette à la litière. « J’avais un intérêt pour la problématique de recherche. Mais j’ai vite compris que le chat était un modèle d’étude atypique à la biologie méconnue. Je ne le perçois pas du tout comme un animal de compagnie, j’ai observé un prédateur sauvage dans son environnement », souligne la biologiste qui précise que les génomes du chat domestique et de son ancêtre sauvage sont encore très proches.

« Plus de chats que d’habitants »

Son objectif : étudier les choix de l’animal en matière de nourriture : « plutôt pâtée, croquettes ou proies ? Comment la décision de chasser est-elle prise ? Combien de temps allouer à la chasse ? Quand renoncer ?...» Les sujets d’étude ne manquent pas et au début de sa thèse dans les Ardennes, Marie-Amélie Forin-Wiart dispose de quelque 200 individus occupant les villages de Boult-aux-Bois et Briquenay. « Il y avait presque plus de chats que d’habitants », sourit la chercheuse.

Dès potron-minet, la biologiste et moult stagiaires attendent que les chats sortent de chez leurs propriétaires pour les suivre et les observer. Un travail chronophage et difficile à mener. « Il est très facile de se faire semer par un chat ! » Dans un souci d’efficacité, la chercheuse se rapproche en 2011 de l’IPHC et du Département écologie, physiologie et éthologie qui développe des enregistreurs de données biologiques (bio-loggers). « J’ai pu ainsi équiper 80 chats de ferme et de propriétaires de colliers GPS et d’accéléromètres-3D, afin de reconstituer leur comportement et donc de les observer virtuellement, à distance. »

En contrepartie, les propriétaires lui demandent des informations sur les activités de leur animal. L’occasion de leur révéler la face cachée de leur félin préféré. « Certains pensaient que leur chat partait à l’aventure alors qu’il allait dormir dans la ferme d’à côté. » Pour décrypter toutes les données obtenues, Marie-Amélie Forin-Wiart développe un algorithme mathématique lui permettant de se focaliser sur certains comportements.

Dans les Ardennes, la biologiste dispose
de quelque 200 individus.

Un rôle dans la perte de la biodiversité

Sa thèse se poursuit par un post-doctorat financé par une entreprise spécialiste des enrobages de croquettes, Diana Pet Food. « Les données collectées et notamment la compréhension de comment mange le chat les intéresse. » Sa recherche présente également un aspect écologique : « Le chat est un des acteurs de la disparition d’espèces mais nous n’avons pour le moment aucun relevé précis de son taux de prédation. Son biorythme de chasse est assez peu étudié du fait de son statut d’animal domestique. »

Pour son étude, la chercheuse a équipé 40 individus issus d’un panel de chats testeurs de croquettes. « Les informations recueillies me permettent d’optimiser et d’affiner mon algorithme en incluant des paramètres issus de capteurs plus complexes et d’informations telles que l’âge ou la masse du chat voire même de considérer l’influence de sa race ou de son tempérament sur son comportement. »

Le post-doctorat de Marie-Amélie Forin-Wiart s’achève fin février. Lorsqu’on lui demande de nous parler de ses résultats, la chercheuse donne sa langue au chat, enfin pour le moment… « Je suis soumise à un contrat de confidentialité mais j’ai hâte de pouvoir publier les résultats de mes recherches. »

Marion Riegert

Trois idées reçues sur le chat

Important information

1 - Le chat n’aime pas se mouiller : « En réalité, un chat dépendant de la chasse n’a que faire de la pluie. Je me souviens avoir battu en retraite avec ma caméra alors qu’ils continuaient leurs activités sous les trombes d’eau qui s’abattaient. »

2 – Mon chat ne mange que des croquettes : « Souvent les propriétaires ne veulent pas voir que leur chat est un prédateur. Même s’il ne ramène pas forcément ce qu’il tue le chat de par sa nature est toujours en action, il a besoin de beaucoup de petits repas tout au long de la journée. En Australie, une étude a permis de se rendre compte que le devenir de la proie dépendait de sa nature. Certaines sont tuées et consommées sur place, d’autres déplacées et ramenées à la maison… La chasse n’est pas forcément liée à la faim. »

3- Le chat mange plus d’oiseaux que de rongeurs : « Le régime alimentaire du chat dépend de ce qu’il a à disposition dans son environnement proche. En milieu urbain, il a plus de chance de rencontrer des oiseaux alors qu’à la campagne ce sera plutôt des rongeurs. Durant mon étude, j’ai eu quelques chats spécialisés dans les oiseaux, l’un d’eux se tapissait dans les gouttières pour chasser les pigeons. »