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Le héros et la mort dans les traditions épiques

08/02/2019

De l’Iliade au Mahābhārata, une grande épopée hindoue, en passant par des récits africains, par delà les frontières et le temps, l’ouvrage Le héros et la mort dans les traditions épiques, publié chez Karthala, rassemble une trentaine d’études. Le point avec Muriel Ott, membre de l’équipe d’accueil Configurations littéraires et co-directrice du recueil.

Muriel Ott est spécialiste de la
chanson de geste. Photo DR

Pourquoi avoir choisi le récit épique comme fil conducteur ?

« Nous avions organisé un colloque regroupant une cinquantaine de personnes avec mon ancien collègue, Romuald Fonkoua, co-directeur de l’ouvrage, qui travaille désormais à Paris IV. Il est spécialiste de la francophonie et moi médiéviste. Deux domaines qui n’ont apparemment rien à voir… Pourtant, le récit épique nous a permis de nous retrouver : dans la tradition africaine il existe des épopées et le genre de la chanson de geste auquel je m’intéresse relève de l’épopée. Le cercle a ensuite été élargi à toutes les personnes travaillant sur ce genre dans toutes les aires géographiques et à toutes les époques. C’est un pont littéraire entre les pays et les époques. Une forme qui survit au temps. L’épopée est un moule, une forme, un modèle narratif qui se rencontre partout sur la planète. »

Pouvez-vous donner une brève définition de ce qu’est le récit épique ?

 « Le récit épique est traditionnellement lié au genre de l’épopée, mais il ne s’y résume pas. Il est porté aussi bien par le conte ou le roman. L’épopée sert souvent à souder une collectivité par la célébration d’un passé glorieux. En France, la grande période de l’épopée se situe au Moyen Âge, sous la forme de la chanson de geste, avec des récits d’exploits accomplis souvent à l’époque de Charlemagne. Par la suite, Ronsard a composé La Franciade et Voltaire La Henriade, sans grand succès. « Les Français n’ont pas la tête épique », rappelait Voltaire. Dans le monde africain, les récits épiques restent vivants et circulent oralement via des conteurs qu’on appelle les griots, il y a peu d’écrits. » 

Comment s’organise l’ouvrage ?

« L’ouvrage, qui contient 35 articles, est organisé en deux grandes parties. La première est consacrée aux perspectives africaines et antillaises, avec des sujets sur, par exemple, l’épopée ouest africaine du 19e siècle ou la poésie arabe épique. La seconde s’intéresse aux perspectives européennes et asiatiques, de l’Antiquité à nos jours avec l’épopée homérique, le voyage du héros dans l’au-delà dans l’épopée irlandaise ou encore la tradition épique indienne. Nous voulions examiner les traits communs et les divergences dans diverses traditions épiques autour du sujet le héros et la mort. »

Le héros et la mort, un sujet central dans la tradition épique ?

« L’épopée célèbre des exploits guerriers et plus particulièrement un héros affrontant la mort. Une mort provoquée ou subie par le héros qui vient le révéler à lui-même ou à sa communauté. L’intérêt de ces récits réside également dans la manière par laquelle chacun des textes est construit. Le chant, la métaphore, l’allégorie, la symbolisation, sont autant de formes et de figures qu’empruntent les récits pour dire la mort. Par-dessus les cultures, les civilisations et les âges, le récit de la mort apparaît comme une expérience du discours et un art du langage qui maintiennent bien vivante l’idée de littérature, loin de la distinction établie entre oralité et écriture. »

Propos recueillis par Marion Riegert