L'actualité de la recherche

Le chef d’orchestre de la tectonique moléculaire

25/02/2019

Série 10 ans de recherche épisode 2. Interviewé en 2010 dans les colonnes du magazine Savoir(s), Mir Wais Hosseini y présentait la tectonique moléculaire, une nouvelle branche de la chimie supramoléculaire. Retour neuf ans après sur ce domaine à travers le portrait d’un de ses fondateurs aussi passionné que passionnant.

Mir Wais Hosseini est spécialiste
de la tectonique moléculaire. Photo MR

Mir Wais Hosseini parle de la chimie comme d’une partition de musique. Amoureux des notes, le directeur du laboratoire de tectonique moléculaire l’est tout autant de la recherche. Son moteur ? l’imagination et l’intuition, deux qualités essentielles selon lui à tout chercheur. « Vous pouvez être très fort techniquement, sans imagination, vous ne créez rien. J’ai des amis musiciens hors pair mais dès qu’on leur enlève leur partition, ils ne sont plus capables de jouer. En chimie, c’est exactement la même chose », détaille le chercheur qui apprécie tout particulièrement ce moment où nait l’intuition primaire d’une découverte. « Lorsqu’on voit une corrélation mais qu’on ne sait pas exactement encore vers quoi cela va nous mener. »

Cette intuition Mir Wais Hosseini l’a eue lorsqu’après 11 années passées auprès de Jean-Marie Lehn, il se lance dans un nouveau domaine : la tectonique moléculaire qui permet de passer du monde microscopique au macroscopique. Nous sommes dans les années 90, « A l’époque nous étions une poignée. » Le chimiste fabrique des briques moléculaires appelées tectons (du grec éléments de construction) qui portent dans leur structure un programme spécifique d’assemblage. « Grâce à ces derniers, les entités se reconnaissent et les molécules s’auto-assemblent permettant de concevoir et synthétiser des cristaux. »

« Vous êtes faits pour inventer ! »

Dans les années 2000, le chercheur parvient à créer des cristaux de cristaux composés par exemple d’un complexe de fer combiné à un complexe de ruthénium pour le contour, un peu comme des poupées gigognes. En 2016, le procédé permet de souder des cristaux de même composition ou de composition différente sans aucune fragilité puisque le cristal se recompose. « Nous sommes désormais capables de faire des mosaïques contrôlées de cristaux avec différentes formes, couleurs et différents cristaux. » Comme autant de petites œuvres d’art. Une méthode qui permet notamment de leur donner des propriétés optiques spécifiques.

Le chercheur conçoit et synthétise
des cristaux. Photo DR

« Cela m’a pris 25 ans pour en arriver là », souligne Mir Wais Hosseini qui compare volontiers la chimie à un acte de création. « Elle permet de créer ses propres objets qui n’existent pas dans la nature. La musique crée des morceaux, la chimie de la matière. Notre partition s’écrit à travers les expériences que nous réalisons », raconte le chercheur se remémorant des soirées d’improvisation à la guitare. « Je me trouvais avec des inconnus puis chacun jouait un accord qui s’ajoutait à l’autre pour former une partition. » Un état d’esprit qu’il partage avec ses étudiants dont il cherche à susciter la curiosité. « C’est ça que l’université doit leur dire : vous êtes faits pour inventer ! »

Marion Riegert

La chimie de demain

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En 2011, Mir Wais Hosseini résumait le chemin parcouru en chimie. Une définition toujours d’actualité : « Jusqu’à la moitié du 20e siècle, la chimie était centrée sur la molécule et sur son édification à partir d‘atomes et de leurs liaisons. Les interactions moléculaires et les architectures qu’elles peuvent générer ont intéressé la chimie de la deuxième moitié du 20e siècle : elle a été marquée à Strasbourg par la naissance de la chimie supramoléculaire, qui a constitué une véritable rupture conceptuelle et l’attribution, en 1987, du prix Nobel à Jean-Marie Lehn (avec Donald Cram et Charles Pedersen). La chimie du 21e siècle sera celle des systèmes moléculaires complexes, fonctionnels et programmés… »

10 ans de recherche à l’Université de Strasbourg

Important information

L’Université de Strasbourg fête ses 10 ans. L’occasion de partir à la rencontre des chercheurs et ainsi mettre en lumière chaque mois une recherche ayant eu lieu entre 2009 et 2019. Voir comment ces dernières ont évolué à travers le temps débouchant parfois sur des impasses ou donnant lieu à de nouvelles découvertes. Retrouvez tous les articles de la série sur notre timeline.