L'actualité de la recherche

Redonner vie à la musique grecque antique

21/03/2019

Flûtiste et chanteur ténor, Sylvain Perrot est passionné par la Grèce. Sa recherche autour de la place de la musique en Grèce antique lui permet de réunir ses deux amours et de s’intéresser à la traduction de traités musicaux antiques et au déchiffrement de partitions. Rencontre avec ce nouveau venu du laboratoire Archéologie et histoire ancienne : Méditerranée – Europe (Archimède).

Sylvain Perrot se sert d'un monocorde
pour expliquer la théorie pythagoricienne
de la musique. Photo VN

Quelle place pour la musique dans la Grèce antique ?

Vendanges, pétrissage du pain, rythme des mouvements dans les concours sportifs… Durant toute l’Antiquité, la musique est omniprésente dans la vie des Grecs. Il existe notamment des musiques spécifiques pour célébrer les mariages, un peu comme les klaxons aujourd’hui. A l’époque, il n’y a pas de publications de bans... Dans les banquets, on peut également entendre des chansons à boire. Côté arts, les poésies et les pièces de théâtre sont en général accompagnées de musique. La même personne étant chargée d’écrire le texte et de composer la mélodie. A l’image de la célèbre poétesse Sappho de l’île de Lesbos, autrice de poèmes érotiques qui est encore aujourd’hui une icône gay.

Est-il possible de savoir à quoi elle ressemblait ?

Il existe des partitions, écrites sur des papyrus ou inscrites sur pierre, que nous pouvons déchiffrer grâce à des traités grecs de théorie musicale. Mon travail consiste entre autres à comparer toutes les versions de ces textes théoriques afin d’en retrouver l’état le plus ancien possible, car au fil des diverses copies qui en ont été faites au Moyen Âge, des erreurs sont apparues. J’en propose ensuite une traduction et un commentaire. Certains traités donnent des exemples de notation musicale, que je transpose sous la forme d’une partition répondant aux codes actuels. Chez les Grecs, seuls la mélodie et le rythme sont notés, libre à nous ensuite d’interpréter en termes d’expressivité et de tempo. La plupart du temps, le musicien est seul ou alors ce sont plusieurs mêmes instruments qui sont joués à l’unisson. Tout cela en tenant compte du fait que la musique change au fil des siècles. Un peu comme l’évolution de la musique depuis Jean-Sébastien Bach aux Beatles.

Quid des instruments de musique ?

Les différentes représentations iconographiques et les vestiges des instruments de l’époque permettent de se faire une idée. Par exemple, les Grecs utilisent l’aulos qui est un instrument à vent proche du hautbois. Il est fabriqué à partir d’os d’âne ou de cerf, souvent le tibia qui est très droit. Il y a également la lyre faite à l’époque avec des carapaces de tortue. Aujourd’hui, l’archéologie expérimentale permet de recréer ces instruments en reconstituant les gestes artisanaux mais l’on peut aussi recourir aux nouvelles technologies, comme la numérisation et l’impression 3D. L’idée étant de comprendre comment l’instrument fonctionne, quel en est le doigté…? Et ainsi avec les partitions tenter de rejouer la musique de l’époque.

Peut-on écouter de la musique grecque antique de nos jours ?

Oui c’est possible, il y a par exemple le groupe Kérylos créé et dirigé par Annie Bélis, directrice de recherches émérite au CNRS sur la musique grecque, que j’ai rencontrée lorsque j’étais à l’École normale supérieure de Paris. Son dernier album s’intitule « D’Euripide aux premiers chrétiens ».  Par ailleurs, j’ai moi-même participé à une chorale à l’université d’Oxford interprétant entre autres un hymne à Apollon trouvé à Delphes. (Cf Vidéo à partir de la 11e minute)

Vanessa Narbonne