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Les lois d’Asimov pour penser l’intelligence artificielle

17/04/2019

Du presse-purée aux voitures autonomes, les robots ont envahi notre quotidien. Dans la veine des conférences Droit et fiction sur Star Wars ou encore les super héros, Franck Macrez, enseignant-chercheur spécialisé dans le droit du numérique, propose de s’interroger sur les lois de la robotique d’Asimov et le droit. Philosophe, avocat, historien, sociologue ou encore physicien… L’idée ? Voir si l’univers de l’auteur pourrait nous aider à penser l’intelligence artificielle et ce à travers une approche interdisciplinaire.

Franck Macrez est chercheur au
Centre d'études internationales de
la propriété intellectuelle. Photo DR

Responsable, obéissant, entité autonome ou encore gardien de l’humanité, dans son premier recueil I, Robot, Isaac Asimov (1920-1992) définit quatre lois relatives aux robots (cf encadré). Le tout, dans un ouvrage qui se pose à rebours de la tradition faisant du robot l’ennemi des humains.

« Ce qui est intéressant c’est que dans ces lois, on retrouve l’idée de norme fondamentale avec la loi zéro, équivalente à notre constitution. Suivie de trois autres lois hiérarchisées et interdépendantes », explique Franck Macrez, chercheur au Centre d'études internationales de la propriété intellectuelle, qui précise que l’intérêt serait de fixer des règles élémentaires et universelles en la matière.

« Pas de réglementation pour le presse-purée »

Mais pour le moment l’humanité n’en est pas là et nos robots ne sont pas les humanoïdes des films de science fiction ou d’Asimov. « Il n’y a pas de réglementation particulière pour le presse-purée », sourit le chercheur qui souligne qu’aujourd’hui la question est surtout celle des algorithmes et de l’intelligence artificielle.

« Dans le cas des brevets par exemple, un algorithme qui traite des données et arrive à une création, cela pose la question de la propriété intellectuelle et de sa titularité. » Autre cas pour les voitures autonomes : « Si l’intelligence artificielle doit choisir entre heurter un enfant ou une personne âgée, on ne sait pas comment l’algorithme prendra la décision. » Avec en filigrane la question de la responsabilité.

Une personnalité juridique pour le robot ?

« Il est important de penser les choses avec recul car la technique évolue très vite », précise le chercheur. La question de la personnalité juridique du robot a par exemple déjà été posée et depuis leur promulgation dans cet univers purement fictionnel, les lois d’Asimov sont souvent utilisées comme modèle de référence pour penser la régulation de l’intelligence artificielle.

L’auteur américain est ainsi cité dans la résolution du Parlement européen du 16 février 2017 contenant des recommandations à la Commission concernant des règles de droit civil sur la robotique. La réalité est en passe de rattraper la fiction…

Marion Riegert

  • Pour aller plus loin, rendez-vous le 26 avril 2019 au Nouveau patio, 20a rue René Descartes, Strasbourg - Amphi Alain Beretz pour la conférence « Les lois de la robotique d’Asimov et le droit. » Retrouvez tout le programme ici.

Les lois de la robotique d’Asimov

Quote

« Loi Zéro : Un robot ne peut pas porter atteinte à l’humanité, ni, par son inaction, permettre que l’humanité soit exposée au danger ;  

Première Loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger, sauf contradiction avec la Loi Zéro ;

Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première Loi ou la Loi Zéro ;

Troisième Loi : Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième Loi ou la Loi Zéro. »