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La disparition d’un lac enregistrée en temps réel par le Sertit

07/05/2019

Un lac de 12 km2, rayé de la carte. C’est la triste observation qu’a pu faire une équipe du Sertit, à partir d’images satellites collectées régulièrement de février 2016 à mars 2019. En cause : l’assèchement de la ressource et sa surexploitation, dans un contexte global de changement climatique.

De février 2016 à mars 2019, l’eau du lac s’est progressivement tarie. (En rouge, les éléments végétaux, en noir l’eau).De février 2016 à mars 2019, l’eau du lac s’est progressivement tarie. (En rouge, les éléments végétaux, en noir l’eau).

Un plan d’eau subissant des variations saisonnières, se remplissant en saison pluvieuse et diminuant en période plus sèche : quoi de plus normal ? C’était le cas du lac chilien Aculeo, près de la capitale, Santiago. Jusqu’à son assèchement total, en mars 2019. Sans avoir à poser le pied sur le sol d’Amérique du Sud, c’est l’observation qu’a pu faire une équipe de six ingénieurs d’études et de recherches du Sertit*, conduite par Hervé Yésou.

Un constat rendu possible par la collecte d’images via deux satellites Sentinel 2, lancés en 2015 et 2017 dans le cadre du projet européen Copernicus, financé par la Commission européenne et dont la composante spatiale est pilotée par l’ESA, l’Agence spatiale européenne. Celle-ci prend les lacs comme bons indicateurs du réchauffement climatique (lire encadré).

Spectaculaire agonie

Le réchauffement climatique est, à n’en pas douter, en cause dans assèchement du lac Aculeo. La surconsommation d’eau, en particulier assignée à la culture d’avocats, très gourmande en or bleu, est notamment pointée du doigt. C’est à partir d’articles repérés dans la presse nationale qu’Hervé Yésou a pu travailler avec son équipe à une reconstitution de l’agonie rapide et spectaculaire du lac. 

Tout comme les forêts, les réservoirs d’eau que sont les lacs sont observées à la loupe par le Sertit. Ces deux ressources naturelles sont cruciales pour le maintien de l’équilibre climatique de la planète et sa biodiversité. De façon croissante, toutes deux se retrouvent menacées par les besoins de l’activité humaine. La disparition du lac, destination touristique privilégiée des Chiliens en mal de nature, a provoqué l’émoi sur les réseaux sociaux, comme a pu le constater l’équipe du Sertit qui s’en est fait le relais. Après l’avoir détruit, l’activité humaine pourrait-elle, paradoxalement, le sauver ?

Même si l’assèchement de cette étendue d’eau est un fait, il faut toutefois se garder de toute conclusion hâtive, avertit-on du côté du Sertit : une certaine période de recul est nécessaire pour conclure à un assèchement irréversible de la ressource. La menace est toutefois bien réelle : si la végétation commence à coloniser les rives mises au jour, le retour de l’eau sera d’autant plus complexe.

Elsa Collobert

* Sertit : plateforme du laboratoire ICube (CNRS, Institut national des sciences appliquées de Strasbourg-Insa, École nationale du génie de l'eau et de l'environnement de Strasbourg-Engees)

Les lacs, sentinelles du changement climatique

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Prendre les lacs comme sentinelles du réchauffement climatique : c’est le but du projet  Climate Change Initiative (CCI) Lakes. Financé par l’ESA, il associe de nombreux partenaires européens* pour générer et analyser des constantes climatiques essentielles sur des lacs et réservoirs : hauteur et surface en eau, température et couleur de l'eau, présence de glace.

A la manœuvre : une flotte de satellites Sentinel, qui collectent des images et données géophysiques en continu depuis 2014. Sur les 215 lacs pris en compte par le CCI Lakes, dans un premier temps une dizaine de lacs « témoins » ont été ciblés, représentatifs de la diversité des milieux sur la planète (arides, continentaux, polaires…) : on les trouve en Chine, en Norvège, au Kazakhstan, en Finlande, en Russie, en Irak, au Mexique, en Argentine, au Malawi…

De façon globale, les observations font état de baisses accélérées du niveau des lacs, dans un contexte de besoins accrus d’exploitation de la ressource, dû au réchauffement climatique. Plus près de nous, l’assèchement du lac des Brenets, en amont du saut du Doubs, une fameuse chute d’eau située à la frontière franco-suisse, a été observé par le Sertit lors de l’été 2018, particulièrement sec.

* Le Sertit, mais aussi CLS et le LEGOS à Toulouse, Plymouth Marine Laboratory, University of Stirling, University of Reading (Royaume-Uni), National Research Council of Italy, Brockman Consult GmbH (Allemagne), RE-Altamira (Espagne), NORUT (Norvège), GeoEcoMar, Romanie et H2O Geomatics Inc (H2O Geo), Canada