L'actualité de la recherche

Du chanvre contre le cancer

27/06/2019

Au fil de plusieurs rencontres et « coup » du destin, Christian D. Muller, chercheur en pharmacologie de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) en est venu à tester les effets du chanvre sur les cellules cancéreuses en les cultivant avec une méthode peu connue. Membre de l’Union francophone pour les cannabinoïdes en médecine (UFCM I Care), il sera présent le 28 juin 2019 à la conférence internationale sur les avancées pharmacologiques et les utilisations thérapeutiques des cannabinoïdes.

Christian D. Muller et son collaborateur
Fathi Emhemmed observent l'effet du CBD
sur les cellules cancéreuses. Photos NB

Qu’en est-il de l’utilisation du chanvre en France ?

Il faut déjà bien faire la différence entre le chanvre thérapeutique et le chanvre dit récréatif, que l’on appelle communément cannabis. Tandis que le premier est riche en cannabidiol (CBD) et est utilisé comme antidouleur, antispasmodique et anti vomitif, le second est enrichi en tétrahydrocannabinol (THC) qui est décontractant mais ne soigne pas à lui seul ! Le chanvre médicinal est utilisé avec succès chez les personnes souffrant de sclérose en plaque comme chez les enfants autistes. Il a l’avantage de ne pas générer de dépendance contrairement aux opioïdes. Côté législation, cela fait cinq ans que le sénat a autorisé la mise sur le marché d’un médicament à base de chanvre thérapeutique. Il s’agit d’un antidouleur, sous forme de spray buccal, connu sous le nom de SATIVEX. Mais la sécurité sociale et l’industrie pharmaceutique qui a créé le médicament n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le prix à fixer. Dans d’autres pays d’Europe, ce type de produit est déjà autorisé comme en Suisse ou au Luxembourg.  

Comment en êtes-vous arrivé à faire vos recherches sur ce sujet ?

C’est une longue histoire. Mon neveu faisait partie de l’association UFCM I Care en tant que défenseur de l’utilisation du chanvre thérapeutique. Il souffrait d’un lymphome et prenait des gouttes d'huile de CBD pour soulager les effets secondaires de son traitement et lui rendre l'appétit. Après son décès, je l’ai spontanément remplacé au sein de l’association. De fil en aiguilles, j’y ai rencontré Christian Kelhetter, propriétaire à l’époque d’une jardinerie alternative, Auxine, à Colmar. Suite à ses lectures dans le domaine, il m’avait suggéré de tester l'huile de CBD sur les cellules cancéreuses in vitro. Il n’y a pas d’études réalisées en France sur le sujet, contrairement à d’autres pays. Dans sa jardinerie, Christian Kelhetter vendait des LED horticoles produites par la société DELLED. Le fondateur de DELLED, membre d'UFCM I Care depuis 2014, a spontanément proposé de financer nos recherches. Après une entrevue avec la délégation de l’innovation du ministère de la santé, le projet a été focalisé sur le cancer du pancréas, l'un des cancers les plus agressifs et les plus meurtriers qui soient.

Les "perles liquides" en train de se former.

Pouvez-vous en dire plus sur vos recherches?

Nous testons actuellement le CDB et des extraits de chanvre médicinal enrichis en CBD sur ce cancer. A la suite d'une rencontre avec un vétérinaire sarde lors d'un congrès européen il y a plusieurs années, j’ai rapporté une méthode de culture cellulaire originale. Il utilisait des "perles liquides" pour réaliser des fécondations in vitro sur des chevaux car elles fusionnent très facilement entre elles. Au lieu d’utiliser la « flat biology » (voir encadré), nous utilisons cette technique de culture 3D, afin de toucher les cellules souches cancéreuses protégées à l'intérieur de ces nodules sans passer par un modèle animal. Pour l’heure nos premiers résultats sont très encourageants et restent à publier.

Vanessa Narbonne

De la 2D… à la 3D

Important information

La « flat biology » utilisée depuis plusieurs décennies dans la recherche de nouvelles molécules anti-cancéreuses, est une technique où les cellules croissent à plat. Cette culture ne reflète pas ce qu’il se passe au niveau des métastases du cancer.

Par exemple, en 2D, il y a 20% d’oxygène disponible à la surface des cultures cellulaires alors que dans le corps humain l'oxygène est rare et c'est l'hémoglobine qui doit le véhiculer. L'oxydation des molécules testées pourrait en partie expliquer les différences de résultats obtenus in vitro et in vivo.

La méthode de culture cellulaire en 3D est un modèle plus représentatif des tumeurs cancéreuses. Les cellules dans leur milieu de culture sont déposées sur des particules de polymère, sorte de panure qui permet de former des « perles liquides » à l’intérieur desquelles des organoïdes contenant des cellules souches cancéreuses (CSC) vont se développer. La suppression des CSC est une des sources de la rémission.

Le cannabis dans la médecine

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Organisé par l’UFCM I Care (Union francophone pour les cannabinoïdes en médecine), la 8e conférence internationale sur les avancées pharmacologiques et les utilisations thérapeutiques des cannabinoïdes aura lieu le 28 juin prochain à la faculté de pharmacie de Strasbourg. Si l'entrée est gratuite pour les étudiants et les patients l'inscription reste obligatoire.

L’association UFCM I Care regroupe médecins, chercheurs, patients et a pour but de défendre l’utilisation du chanvre thérapeutique pour soulager les personnes souffrant de douleurs chroniques.