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Des anticancéreux aux anti-inflammatoires, il n’y a qu’une plante

15/07/2019

Série 10 ans de recherche épisode 6. La pervenche de Madagascar possède deux molécules utilisées dans les traitements anticancéreux. Après avoir contribué à élucider en 2014 leur voie métabolique, Danièle Werck, chercheuse à l’Institut de biologie moléculaire des plantes (IBMP), s’est attaquée à un spécimen sud-africain accumulant des composés proches de ceux de la pervenche aux effets anti-inflammatoires.

Danièle Werck est directrice de recherche
émérite à l’Institut de biologie moléculaire
des plantes. Photo DR

Catharanthus roseus, plus connue sous le nom de pervenche de Madagascar, est une plante qui produit des molécules anti-cancéreuses en quantité infime : la vinblastine et la vincristine. Cytotoxiques, ces molécules sont capables de bloquer la division cellulaire, une propriété recherchée dans le traitement des tumeurs. Problème, elles sont très chères à extraire : il faut 500 kilogrammes de plante pour obtenir un gramme de vincristine.

Le tabac comme modèle

 « Leur structure complexe ne peut pas être obtenue par synthèse chimique», précise Danièle Werck, directrice de recherche émérite à l’IBMP qui s’est alliée avec cinq autres partenaires pour élucider certaines étapes de la voie métabolique aboutissant à la production de ces molécules. Le tout, dans le cadre d’un projet européen dont les travaux principaux étaient coordonnés par la chercheuse. « Nous avons notamment utilisé le tabac comme modèle afin de produire des molécules d’intérêt », poursuit Danièle Werck.

En 2014, le financement européen touche à sa fin, une grande partie de la voie métabolique est élucidée, mais une production industrielle n’est pas encore envisageable. Faute de moyens, Danièle Werck est contrainte d’abandonner le projet qui est poursuivi par des équipes concurrentes. « Ils sont en train de faire des essais sur les levures pour y reconstruire la voie métabolique et produire la molécule à moindre coût », explique la chercheuse qui s’intéresse alors à une autre plante produisant un anti-inflammatoire pour des applications en cosmétique ou en médecine vétérinaire.

Une molécule déjà homologuée

« La plante source de cette molécule pousse très lentement, la première partie de la voie métabolique est très similaire à la voie de la vinblastine, mais la deuxième est plus simple », souligne Danièle Werck qui tente de reconstituer cette deuxième partie en levure. En 2015, elle met en place un partenariat avec l’entreprise nancéienne Plant Advanced Technologies dans le cadre du programme de l’Agence nationale de la recherche (ANR) : LabCom (laboratoire commun). Il lui permet notamment de financer un post-doctorant durant deux ans pour se pencher sur le sujet. Le programme fait une pause d’un an avant de reprendre en 2018, pour finir début juillet 2019.

La nouvelle plante cible, dont le nom sera tu pour des raisons de confidentialité possède également plusieurs dérivés décrits comme anti-inflammatoires et anti-cancéreux potentiels. « L’intérêt est que sa molécule anti-inflammatoire est déjà homologuée pour être employée en cosmétique, ce qui permet une mise sur le marché plus rapide par notre entreprise partenaire », précise Danièle Werck. Le financement par l’ANR étant terminé, l’entreprise devrait prendre le relai jusqu’à la finalisation des recherches et leur exploitation. Danièle Werck, elle, n’a pas fini de faire parler les plantes.

Marion Riegert

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