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Chute du mur de Berlin, quel héritage ?

22/11/2019

Une série de conférences organisées au Lieu d’Europe interrogent les évènements de 1989 dans différents pays. Direction Berlin et la chute du mur avec Emmanuel Droit, chercheur au sein du laboratoire Dynamiques européennes. La victoire sur le communisme laisse alors entrevoir un nouvel ordre mondial démocratique, libéral et en voie de dénucléarisation. 30 ans plus tard, le pessimisme est à nouveau de mise et de nouveaux murs se dressent autour de l’Europe.

Emmanuel Droit est spécialiste de
l’Allemagne. Photo DR

De la joie de 1989…

Tout commence par une erreur de communication. « A l’époque, la République démocratique allemande (RDA) est déstabilisée par le passage à l’Ouest de ses habitants via notamment des "pays frères" comme la Hongrie. En parallèle, des manifestations pacifiques contre l’oppression se développent, du jamais vu depuis l’insurrection du 17 juin 1953. » Quelques mois plus tôt, les manifestations de la place Tian'anmen sont réprimées dans le sang. « En RDA, le parti communiste hésite car le recours à la « solution chinoise » risquerait de l’isoler diplomatiquement », souligne Emmanuel Droit, spécialiste de l’Allemagne.

Finalement, les autorités renoncent à la violence et une nouvelle directive permettant de faciliter le passage à l’Ouest est proposée. Elle doit entrer en vigueur le 10 novembre à 4h du matin. Le 9 novembre, le porte-parole du gouvernement se trompe annonçant son application immédiate. Les médias relaient l’information. Des gens arrivent en masse aux postes-frontières. Les gardes finiront par ouvrir les portes pour éviter les débordements à 23h30. « Sans un coup de feu ce qui relève presque du miracle. Dans des lettres, des enfants racontent leur premier passage à l’Ouest : ils sont frappés par la lumière des magasins, la présence de clochards mais aussi les produits qu’ils ne connaissent pas comme les jus de banane… »

…Au pessimisme de 2019…

30 ans plus tard, l’étonnement, la joie et le bonheur de cet évènement perçu comme une victoire du peuple contre la dictature ont laissé place à un certain pessimisme. « Pour la première fois depuis 1945 un parti d’extrême droite est au Bundestag. Le climat est pesant et l’unité intérieure n’a pas été totalement faite. » Un bon quart des électeurs est-allemands votent extrême droite en lien notamment avec la crise des réfugiés mais pas seulement. « L’Est semble être à la traine, avec des territoires qui souffrent, une absence de services publics… Certains Allemands de l’Est ont l’impression d’être considérés comme des citoyens de seconde classe.»

Pour autant, selon le chercheur, il n’y a pas de nostalgie du mur. « Il y a une nostalgie de l’Etat-social. A l’époque, le coût humain et psychologique provoqué des deux côtés a été sous-estimé. » Compétition, flexibilité, précarité du travail… L’Est a dû s’adapter au capitalisme, de nombreuses entreprises ont fait faillite. L’héritage de la RDA perdure par ailleurs dans les mentalités, dans la manière même de concevoir le rapport à l’état, la place des femmes dans la société, l’éducation. « Par exemple, pour une femme est-allemande il est normal d’avoir des enfants et de travailler ce qui peut être socialement mal perçu à l’Ouest. Au-delà des différences Est/Ouest, les fragmentations territoriales entre les métropoles dynamiques et les territoires en voie de marginalisation seront un défi pour le futur. »

Marion Riegert

  • Pour aller plus loin lire aussi : « Les polices politiques du bloc de l'Est, à la recherche de l'Internationale tchékiste 1955-1989 », Emmanuel Droit, Gallimard.

Que reste-t-il de 1989 en 2019 ?

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Dans le cadre d'une coopération entre le Lieu d'Europe et l'Institut d'études politiques de Strasbourg, un cycle de quatre conférences est proposé autour des questions : Que reste-t-il de 1989 en 2019 ? Comment expliquer les trajectoires illibérales prises par la Pologne ou la Hongrie ? Quels sont les changements apportés par 1989 en Afrique ?

Prochains rendez-vous, de 18h à 19h30, Strasbourg - Lieu d'Europe - 8 rue Boecklin, jeudi 5 décembre 2019 : Irina Gridan (Inalco Paris) : La révolution roumaine ou la médiatisation de la violence et jeudi 12 décembre 2019 : Alexandre Keese (Université de Genève) : 1989 en Afrique : le cas du Bénin.