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Nalini Anantharaman à l’Académie des sciences : le monde vu par le théorème

03/02/2020

Une chercheuse de l'Institut de recherche mathématique avancée (Irma) compte parmi les 18 nouveaux membres élus à l’Académie des sciences. Retour sur le parcours de Nalini Anantharaman reçue dans la section de mathématique.

Nalini Anantharaman travaille notamment
sur la propagation d’ondes en essayant de
considérer la géométrie aléatoire. Photo MR

La soirée est déjà bien avancée lorsque Nalini Anantharaman, apprend la nouvelle. « C’était le 18 décembre, le jour où le réseau de l’université était bloqué, je n’avais pas pu voir le mail qui m’annonçait ma nomination. Ma maman, qui a une amie à l’Académie, m’a appelée pour me féliciter, c’est là que je l’ai su », se souvient la chercheuse de l’Irma, très émue par cette reconnaissance à laquelle elle ne s’attendait pas.

Née dans une famille de mathématiciens, Nalini Anantharaman grandit dans les équations. Durant sa première année à l’Ecole normale supérieure, elle suit un cursus de mathématiques et de physique avant d’opter définitivement pour la première discipline, préférant le côté théorique des mathématiques à la partie expérimentale de la physique. « Les mathématiques sont à la physique ce que la musique est à la poésie, dans un cas comme dans l’autre nous pouvons nous passer de mots. Notre manière de comprendre ce qui nous entoure c’est le théorème », confie la chercheuse de 44 ans qui pratique le piano depuis toute petite et se dit timide avec le langage.

Physique quantique et théorie spectrale

Durant sa thèse à l’Université Paris VI, Nalini Anantharaman s’intéresse à des questions géométriques sur les espaces à courbure négative. Alors qu’elle obtient un poste de maitre de conférences à Lyon, la physique se réinvite dans ses recherches. « Je me suis interrogée sur des questions concernant la propagation des ondes en lien avec les caractéristiques géométriques de leur milieu. »

Au bout de 5 ans, la chercheuse est recrutée par le CNRS, elle travaille à Polytechnique puis à Paris XI avant de poser ses valises avec son mari, également mathématicien, à Strasbourg. « Ici, je développe une petite équipe qui travaille sur des thèmes entre les systèmes dynamiques, la physique quantique et la théorie spectrale. » Ce qu’elle apprécie à l’Irma ? La liberté de répartir son temps entre mathématiques pures et mathématiques appliquées.

Passionnée, la mathématicienne avoue ne jamais décrocher entièrement. « Si une idée me vient je peux la noter sur une serviette ou un ticket de métro », sourit Nalini Anantharaman. Elle se souvient d’une semaine où victime d’une entorse elle décide de profiter de ce repos forcé pour lire des bandes dessinées. Finalement, « mon esprit a travaillé un peu malgré moi et mes pensées se sont organisées, même si je n’ai rien écrit, car je le fais uniquement quand je suis convaincue d’être sur une bonne piste. »

« Avoir l’impression de tout comprendre freine le progrès dans la recherche »

Persévérante et adepte des mathématiques lentes, Nalini Anantharaman cultive l’humilité et aime creuser les sujets en profondeur. Il lui est arrivé de passer deux ans à essayer de démontrer une théorie sans parvenir à s’arrêter. « Rien que la lecture d’un article peut parfois me prendre une journée pour deux pages. Il faut pouvoir reconnaitre que l’on ne sait pas tout et consacrer le temps nécessaire à un sujet. Pour moi, avoir l’impression de tout comprendre freine le progrès dans la recherche. »

Côté projets, la chercheuse travaille avec une doctorante sur la propagation d’ondes en essayant de considérer la géométrie aléatoire. Un défi qui vient s’ajouter à cette nouvelle nomination. « L’Académie va m’apporter une activité plus politique avec la possibilité de participer à différents groupes de travail autour de thèmes comme le climat. C’est très enthousiasmant de me dire que dans 20, 30 ans j’y serai encore. »

Marion Riegert

L’Académie des sciences, quèsaco ?

Important information

Au terme des élections ouvertes en 2019, l’Académie des sciences vient d’élire 18 nouveaux membres. Une seconde session d’élection, devant s’achever au premier trimestre 2020, permettra d’élire, outre ces 18 nouveaux membres, quatre académiciens à des postes dont les thématiques seront ciblées. A noter que l’on ne se porte pas candidat à l’Académie des sciences. Les candidatures ne peuvent être proposées que par des membres de l’Académie, au sein des sections disciplinaires. La cérémonie de réception des nouveaux élus aura le lieu mardi 2 juin 2020, sous la Coupole de l’Institut de France. Lors de chaque session d’élection, 50% au moins des nouveaux membres ont moins de 55 ans. L'Académie compte à ce jour 284 membres, 115 associés étrangers et 70 correspondants.

Créée par Colbert en 1666, l’Académie des sciences est une assemblée de scientifiques, choisis parmi les plus éminents spécialistes français et étrangers. Les réflexions et débats qu’elle conduit ont pour rôle de fournir à tous un cadre d’expertise, de conseil et d’alerte vis-à-vis des enjeux politiques, éthiques et sociétaux que pose la science. En vertu de cette mission, elle oeuvre au partage de la science pour éclairer les choix des citoyens, et formule des recommandations, sur lesquelles peuvent s’appuyer les autorités gouvernementales. Elle soutient la recherche, s’engage pour la qualité de l’enseignement des sciences et encourage la vie scientifique sur le plan international.