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Confinement, penser notre rapport à la nourriture autrement

03/06/2020

[Série] Regards croisés de chercheurs sur le Covid-19 : alimentation. Exit hypermarchés et automobiles, le confinement a amené les consommateurs à repenser leur façon de s’alimenter avec une prédilection pour les produits locaux et les commerces de proximité. Une tendance qui pourrait se poursuivre avec un appel à privilégier le vélo pour les déplacements. Le point avec Claude Wagner, sociologue au sein de l’unité mixte de recherche Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (Sage).

Claude Wagner est chercheur au sein de
l’unité mixte de recherche Sociétés, acteurs,
gouvernement en Europe. Photo DR

Pour vos recherches, vous vous êtes intéressé au couple automobile-supermarché*, quelle était la tendance avant le confinement ?

Les premiers hypermarchés sont apparus au début des années 1960. Venus des Etats-Unis, ils ont bouleversé la vie quotidienne et sociale des villes et villages entrainant la disparition des commerces de proximité. La distribution de masse, qui a la mainmise sur les consommateurs, donne l’illusion du progrès avec une accessibilité à des milliers de produits à des prix imbattables. Et ce alors même que les acteurs économiques comme les agriculteurs en souffrent. A ce développement des hypermarchés, il faut joindre celui de l’automobile, point d’orgue du progrès et sommet du confort. La grande distribution va en profiter en proposant des parkings gratuits. Une accessibilité qui permet de gagner du temps. « No parking, no business ». Le parking est le prolongement de la grande surface avec le chariot comme prolongement de la voiture… Associer l'automobile à la consommation est devenu un acte d'une évidence déconcertante.

Pendant le confinement, les habitudes des consommateurs ont-elles changé ?

Déjà ces dernières année une baisse du nombre de clients dans les hypermarchés, avec 5 à 10% de fréquentation en moins, était observée. Avec le confinement, le consommateur a délaissé quelque peu les aliments transformés et ultra transformés proposés par la grande distribution pour la confection de plats à base de produits bruts comme la farine, les œufs, les légumes frais, de saison… Les commerces de proximité étaient alors suffisants pour s’approvisionner. Ces derniers se sont également tournés vers le « local » en s’orientant vers les surplus des maraîchers qui ont fait des efforts de communication pour attirer les clients et ont développé les circuits courts (achat en précommande, organisation de points de dépôts). Un phénomène que la grande distribution a tout de même anticipé, en allant elle aussi vers les maraîchers et en communiquant autour de quelques produits d’appel. Parallèlement, le confinement a aussi vu le développement du e-commerce et du drive qui stagnaient jusqu’à maintenant.

Y aura-t-il un après-confinement ?

Pendant le confinement les consommateurs ont eu une démarche réflexive sur ce qu’ils mangeaient. Il va falloir repenser la production agricole et les zones de production autour des grandes villes et des villages, avec un développement de l’offre de proximité, du maraîchage, des potagers partagés. Le vélo est actuellement encouragé ce qui va amener les habitants des villes à consommer près de leur domicile et ne plus faire leurs courses à la périphérie, avec des achats de plus petite quantité. Durant cette période, nous allons pouvoir observer comment les personnes vont reprendre leurs habitudes et quelles autres nouvelles habitudes vont émerger.

Marion Riegert

  • L’ouvrage, L'automobile et le supermarché 50 ans de dérive consumériste, est paru en octobre 2019 aux éditions du Croquant.

Regards croisés de chercheurs sur le Covid-19

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Psychologie, éthique, économie, histoire, virologie… nous sommes partis à la rencontre de chercheurs de différents domaines de l’Université de Strasbourg pour apporter un éclairage sur la crise du coronavirus.