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Les différents impacts économiques de l’épidémie de Covid-19

04/06/2020

[Série] Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19 : économie. L’équipe de recherche en macro-économie européenne de Strasbourg (Ermees) s’est intéressée aux enjeux économiques liés à la pandémie de Covid-19. Dans un dossier en ligne, neuf chercheurs analysent un aspect de la crise économique à venir. Morceaux choisis.

Francesco de Palma coordonne le dossier
sur l'impact économique du Covid-19.
Photos DR

« Au fur et à mesure de l’avancée de la pandémie, les inquiétudes concernant notre avenir économique n’ont fait que croître. Nous avons constaté qu’en majorité, seuls les journalistes s’emparaient de ces questions. Il manquait un éclairage académique en direction du grand public », analyse Francesco de Palma, économiste au Bureau d’économie théorique et appliquée (Beta).

Coordinateur du dossier, le chercheur a comme priorité de rendre intelligible les questions économiques soulevées par la pandémie. Il souhaite, avec ses collègues, produire un discours « carré, sérieux et accessible. » Pour ce faire, le groupe d’économistes se réunit et décide d’un plan. « Nous partons d’une présentation générale de la crise, de ses conséquences à très court terme puis nous nous intéressons aux marchés directement touchés. Enfin nous analysons les éventuelles réponses possibles et les effets à long terme, selon différents scénarii », résume Francesco de Palma.

Dans sa partie, l’économiste traite de la question du chômage : ses aspects macroéconomiques, les risques d’augmentation des inégalités et de la création de nouvelles pauvretés. Il constate que la crise touche d’abord les populations les moins qualifiées, une sorte de « double peine » qui s’accentue encore dans les pays pauvres.

La catégorie des travailleurs dits « informels », ceux qui pratiquent la vente directe par exemple, vont être extrêmement impactés par le confinement, faute de contrat de travail ou de couverture sociale. D’une manière globale, Francesco de Palma observe un impact plus fort de la crise sur les plus démunis. Selon lui, sans des mesures appropriées, l’un des effets de la pandémie sera une explosion de la pauvreté.

Moïse Sidiropoulos s'intéresse aux impacts
à court terme de la crise.

Moïse Sidiropoulos : les impacts à très court terme

Le premier constat que dresse Moïse Sidiropoulos, chercheur au Beta, est que cette crise « est très différente des précédentes. » L’impact mondial et brutal la rend inédite aux yeux de l’économiste qui rappelle que « même en temps de guerre, les industries continuent à tourner. » Les chocs simultanés au niveau de la production et de la demande en font également une crise économique plus profonde que celle de 2008.

« Il faut se méfier des mécanismes autoentretenus que peut générer cette crise. Une baisse de la demande entraîne une baisse de la production, qui provoque une baisse de revenus, donc une baisse de la demande… C’est un cercle vicieux », alerte Moïse Sidiropoulos qui s’intéresse aux effets à court terme, c'est-à-dire une période qui peut s’étendre jusqu’à deux ans et demi après la crise. Un moment où il est encore possible de les stabiliser.

Pour lui, la plupart des pays touchés ont eu « les bons réflexes. » Il met en garde, cependant, contre des moyens d’actions aux répercussions risquées. « Stimuler la demande est une bonne idée mais il ne faut pas s’arrêter là sinon on risque l’inflation. » Au niveau européen, la question de la dette se pose. « Il va falloir penser à une sorte de « Corona-bond », un lien entre les pays européen lié au Coronavirus, pour aider les pays les plus faibles », suggère l’économiste.

Yann Thommen analyse les réactions
des marchés du travail.

Yann Thommen : les enjeux autour de l’inscription au chômage

Aux Etats-Unis, 26 millions de personnes se sont inscrites au chômage entre mi-mars et fin avril 2020. Au même moment en France, ce chiffre est de 400 000 nouvelles inscriptions. Ce sont ces deux cas très disparates qu’étudie Yann Thommen, chercheur au Beta, dans son article. « Les chiffres américains représentent une augmentation de 3 000 %. En France, il s’agit d’une hausse de 15 %. Je m’intéresse aux rôles que jouent les institutions du marché du travail – et notamment l’assurance chômage ici – dans cette disparité entre les pays.

Là où de nombreux pays développés ont mis en place un système de chômage partiel, les Etats-Unis ont préféré assouplir les modalités d’inscription à l’assurance-chômage. « Ce refus américain du chômage partiel, accompagné d’une meilleure lisibilité des modalités d’inscription à l’assurance chômage est une piste pour comprendre les réactions très différentes des marchés du travail », analyse le chercheur.

Léa Fizzala

Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19

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Psychologie, éthique, économie, histoire, virologie… nous sommes partis à la rencontre de chercheurs de différents domaines de l’Université de Strasbourg pour apporter un éclairage sur la crise du coronavirus.