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Election biélorusse contestée, la fin d’Alexandre Loukachenko annoncée ?

03/11/2020

A la tête de la Biélorussie depuis 26 ans, Alexandre Loukachenko est réélu pour un sixième mandat le 9 août dernier. Depuis, des manifestations secouent le pays. Décryptage avec Anna Zadora, chercheuse au sein du laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (Sage), spécialiste de la construction identitaire de la Biélorussie.

Anna Zadora est chercheuse au sein du
laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement
en Europe. Photo DR

« Une élection avec 80,23% de voix, ce sont des résultats auxquels personne ne croit, il apparait clairement qu’il y a eu une falsification massive », souligne Anna Zadora, elle-même Biélorusse, qui évoque des « élections sans transparence. Des photographies ont circulé de membres de la commission sortant par les fenêtres des bureaux de vote avec des sacs à la main. Des urnes sans compteurs sont également restées dans des entrepôts sans surveillance. »

Depuis, la population proteste de manière paisible et des manifestations ont lieu tous les jours. « La grande nouveauté, c’est que tout le pays s’est réveillé. Les manifestations se déroulent dans les quartiers résidentiels pas seulement sur les grandes places. Avant, les personnes composaient avec le régime mais la Covid-19 a joué contre le président. Il n’a pris aucune mesure, le peuple l’a très mal vécu. C’est un régime basé sur le culte de la personnalité, Loukachenko était vénéré tant qu’il y avait des avantages... »

Usage démesuré de la force

Usage de gaz lacrymogène contre les personnes âgées, détention avec torture, personnes tuées sans qu’il n'y ait d’enquête… « Lors des manifestations, la police a fait un usage démesuré de la force, il y a eu une violence inédite. Après les élections, un des seuls moyens de communication était le télégramme », raconte la chercheuse.

Principale opposante d’Alexandre Loukachenko, Svetlana Tikhanovskaïa s’est pour sa part réfugiée à l’étranger dès le lendemain des élections suite à des menaces. La jeune femme avait pris la place à la tête de l’opposition de son mari emprisonné, le blogueur Sergueï Tikhanovski. « Avant les élections, l’opposition était quasi-inexistante, Svetlana Tikhanovskaïa est une femme de ménage. Au départ, ne l’ayant pas pris au sérieux, les autorités ont enregistré sa candidature « pour rigoler ». Cette dernière souhaite être présidente uniquement pour pouvoir organiser de vraies élections. »

Un appel à la grève générale

La jeune femme a lancé un ultimatum à Alexandre Loukachenko. « Il avait jusqu’au 25 octobre pour quitter le pouvoir sous peine d’un appel à la grève générale. C’est chose faite et depuis le 26 octobre des entreprises manifestent. Il y a un espoir de changement plus rapide derrière les ouvriers. »

Une situation politique incertaine aux portes de l’Europe qui pourrait déstabiliser le territoire. « La Biélorussie est un pont stratégique entre l’Europe et la Russie, pour la circulation des biens, des capitaux, pour les flux migratoires », souligne Anna Zadora qui précise que l’élection n’a pas été reconnue par l’Union européenne. De son côté, « Vladimir Poutine a évoqué un usage de la force démesuré. Alexandre Loukachenko est devenu un actif toxique même pour le Kremlin. Il n’y aura pas de retour en arrière. Je pense que sa fin est actée. »

Marion Riegert

Côté histoire

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« La Biélorussie a toujours été un territoire au croisement des empires, des ethnies, des traditions et des confessions. Sa construction étatique date du début du 20e siècle. Avant, elle était intégrée soit à la Lituanie, la Pologne ou encore la Russie. Le premier état de la république populaire de Biélorussie dure quelques mois en 1918. La Biélorussie soviétique est ensuite instaurée le 1er janvier 1919. L’indépendance est quant à elle proclamée en 1990. Biélorussie signifie littéralement « Russie blanche » car ce territoire n’a pas été envahi par les Tatars mongols. »