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Remise en cause du rôle de l'acide rétinoique dans la méïose

24/03/2020

Une publication d’une équipe de recherche de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) remet en question le rôle de l’acide rétinoïque, un dérivé de la vitamine A, sur le processus de différenciation des cellules à l’origine des gamètes.

Norbert Ghyselinck
(2e en bas à partir de la gauche)
et son équipe de recherche. Photo DR

Les gamètes sont les cellules reproductrices qui, chez les mammifères, permettent la reproduction sexuée. Elles sont produites au cours d’un processus de différenciation cellulaire particulier : la méiose. Ce processus a lieu au cours du stade fœtal pour la plupart des mammifères femelles. Il est essentiel à la production d’individus fertiles et à la continuité d’une espèce.

Depuis 2006 et la parution de deux études, la communauté scientifique s’accorde à considérer l’acide rétinoïque comme un acteur essentiel du déclenchement de la méiose. Sans lui, selon ces études, les gamètes ne se différencieraient pas.

Observer le comportement des gamètes chez des souris

L’équipe dirigée par Norbert Ghyselinck au sein de l’IGBMC essaie de comprendre quels sont les mécanismes qui contrôlent le développement des cellules germinales mâles et femelles. Ils ont étudié le rôle de l’acide rétinoïque et ont finalement remis en cause les conclusions acceptées jusque-là. Pour eux, l’acide rétinoïque n’est pas le facteur clé qui détermine le bon déroulement de la méiose. « Il y avait plusieurs indices qui permettaient de douter du rôle de l’acide rétinoïque », explique Nobert Ghyselinck. « Nous avons décidé de creuser la question et de mettre au point deux études génétiques chez la souris, pour trancher. »

Les chercheurs strasbourgeois se sont associés à l’équipe niçoise de Marie-Christine Chaboissier. A l’IGBMC, l’expérience consiste à retirer tous les récepteurs qui relayent l’acide rétinoïque chez des fœtus femelles de souris génétiquement modifiées. Les scientifiques observent ensuite le déroulement naturel de la différenciation des gamètes. De leur côté, les niçois suppriment tous les enzymes qui permettent normalement de synthétiser l’acide rétinoïque.

Explorer d'autres pistes

Dans les deux cas, la méiose a tout de même lieu. Fait encore plus probant : « en plus de se comporter normalement, les cellules germinales ont engendré des ovocytes qui sont fécondables et ont donné naissance à des souriceaux ! », s’enthousiasme Norbert Ghyselinck. Pas de doute quant à l’absence d’acide rétinoïque chez les souris modifiées, « les carences fonctionnelles sur plusieurs systèmes sont bien observées, la vitamine A est effectivement absente.»

L’étude remet ainsi une question apparemment résolue sur le tapis : qu’est-ce qui est à l’origine du déclenchement de la méiose ? « Maintenant que la certitude concernant l’acide rétinoïque est ébranlée, nous allons pouvoir explorer d’autres pistes », explique le chef d’équipe de l’IGBMC.

Avec leurs partenaires niçois et deux équipes parisiennes, les chercheurs strasbourgeois rédigent un projet ANR afin de trouver des financements et pouvoir mener une étude plus approfondie sur la question. L’objectif : trouver une véritable réponse à ces interrogations sur l’origine de la méiose.

Léa Fizzala