L'économie du cinéma en route vers un retour à la normale ?

15/06/2020

[Série] Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19 : économie du cinéma. Claude Forest, enseignant-chercheur en économie et sociologie du cinéma, analyse l’état de santé de l’industrie cinématographique. Pour lui, les conditions de reprise sont à examiner au cas par cas mais, dans l’ensemble, le cinéma devrait moins souffrir de la crise sanitaire que les domaines du spectacle vivant.

Avec la réouverture des salles de cinéma, peut-on imaginer une fréquentation comparable à celle de l’avant-confinement ?

« Dans un premier temps, les mesures d’hygiène vont poser des problèmes de gestion, particulièrement pour les petites salles. Mais au-delà de ces questions de capacité d’accueil, qui ne vont durer qu’un temps, les salles devraient pouvoir retrouver une fréquentation presque normale. L’offre ne sera pas un facteur limitant : il y a de nombreux films en attente de diffusion. La qualité de ces films va jouer un rôle important dans la fréquentation, évidemment. Un autre facteur non négligeable sera celui des mesures proposées par les salles, à titre individuel. Le troisième âge, qui constitue presque un tiers du public, cherchera probablement des lieux qui les sécurisent. Pour les jeunes, qui représentent également un tiers de l’audience, je ne pense pas qu’il y aura un frein au retour en salles, particulièrement avec la sortie de gros blockbusters de l’été, qui sont très attendus, comme Mulan le prochain Disney et Tenet de Christopher Nolan. »

Les petites salles sont-elles plus sévèrement touchées que les gros complexes ?

« Pas forcément, il ne faut pas faire de généralités. Souvent les plus petits cinémas ne sont pas propriétaires de leurs locaux, qui appartiennent à la commune, ce qui leur a fait faire des économies n’a pas constitué une charge pendant la crise. Au contraire, les grandes infrastructures qui ont investi massivement dans des multiplexes par exemple, ont perdu plus de moyens recettes et ont toujours leurs infrastructures à amortir. L’impact pendant et après la crise dépend de plusieurs facteurs, à tel point que je pense qu’il faut privilégier une approche au cas par cas plutôt que de vouloir faire des prédictions de manière globale. »

Et pour le reste de l’industrie cinématographique, quelle est la situation ?

« Le secteur de la distribution a dû vivre sur sa trésorerie, faute de ventes pendant trois mois. Heureusement, la crise a eu lieu pendant une période traditionnellement creuse. Il y aura un trou dans le chiffre d’affaire de l’année, mais je pense qu’il sera possible de le lisser sur 2021, si les ventes reprennent leur niveau habituel, comme il est probable. La production a dû arrêter les tournages, qui ont été reportés. De nombreuses entreprises font ce qu’on surnomme de la « cavalerie financière » : elles financent un film grâce aux revenus du précédent. Forcément, il y a eu un manque à gagner pendant la crise mais beaucoup de tournages se font de toute façon pendant l’été, donc l’impact est moindre, là aussi. Je pense que d’une manière générale, il faudra environ deux ans pour que les comptes soient redressés. C’est, quoi qu’il en soit, une situation bien moins problématique que celle de la musique ou des arts vivants. »

Propos recueillis par Léa Fizzala

Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19

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